MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

vendredi 3 juin 2005

INTRODUCTION.

CECI N'EST PAS UNE PIPE.

Ceci est un blogue, nom d'une pipe. Et je vais commencer par le mode d'emploi.

Tu sais te servir d'un blogue, ce n'est pas suffisant pour te servir du mien, si par hasard l'envie t'en prenait. Et pour commencer, tu es ici au début, tout début du blogue. Ceci n'est pas une blague, ceci est un blogue. Pourtant ce billet est le premier, daté du vendredi 3 juin 2005, date de naissance, et non date d'arrêt de mort.

Tu n'as jamais su, probablement, qu'il existait dans les temps anciens d'avant les ruptures et les lobotomies des objets de papier qu'on dépliait à la première page et qu'on lisait jusqu'à la fin dans l'ordre croissant des pages qui correspondait à l'ordre croissant de la lecture. On utilisait pour les désigner le mot livre. Ne cherche pas dans le dictionnaire en ligne, ce mot n'y apparaît pas, c'est du vieux français bizarre.

Non, je ne le dirai pas, je ne suis pas Louis Jouvet.

Bizarrerie disparue, désormais seule la dernière page surgit quand tu m'appelles, elle efface toutes les précédentes que tu n'as pas envie de voir, trop vieilles, au moins d'un jour, d'une semaine, d'un mois, quel intérêt ce qui s'est écrit il y a un mois, je te demande, n'est-ce-pas?

J'essaie de faire fonctionner la machine. La technique bloguifique a des secrets que je ne suis pas prêt de percer. Il va bien falloir le mettre en ligne, ce blogue, pourtant, depuis le temps qu'il attend, depuis le temps qu'il essaie de trouver un squat.

Alors suis bien ces instructions, car ceci est un mode d'emploi.

Tu liras ce blogue comme en lit un livre, en commençant du début et en ahanant dans l'ordre chronologique vers la fin, il y aura bien une fin un jour. Il y a des chapitres, et un chapitre fini est fini, je n'y ajouterai pas de texte ni de billet, s'il le faut je ferai un autre chapitre sur le même sujet pour compléter ce que j'aurai mal dit, ou pas assez dit, et pour corriger des erreurs, ou pour me contredire allègrement parce que je suis chez moi et que je change d'avis si je veux. Lecture dans l'ordre. Rien ne t'empêche de prendre des raccourcis et de lire la fin avant le début.

Ce n'est pas un roman policier, et si tu connais l'assassin trop tôt tu ne perds rien pour attendre. Ton ordre sera le tien, donc le meilleur. Ton meilleur. Mais n'oublie jamais qu'ici aucun billet ne chasse l'autre et que ce blogue ne s'empile pas à l'infini, au risque de s'effondrer un soir triste de cafard où je me demanderais dans quel état je tourne. J'ai dû rater un calembour, mais tant pis.

Tu peux aller directement visiter des chapitres lointains qui t'attirent, grâce à la colonne de gauche, alinéa "chapitres". Tu peux visiter mes archives dans le temps si le temps s'améliore, avec l'alinéa "archives". Tu peux repérer mes derniers écrits directement grâce à l'alinéa "derniers messages". Admire comme je suis inventif pour mes titres d'alinéas.

Toujours à gauche, tu peux aller lire mes voyages en Italie endormis chez encritude, dans l'alinéa "mon éditeur est en ligne". Et tu peux aller visiter mes deux autres blogues, dans l'alinéa étrangement nommé "mes autres blogues". Parce que j'écris ailleurs aussi, j'ai d'autres visées, d'autres visions, d'autres vies. Enfin, tu trouveras à gauche les blogues qui me conviennent et m'accompagnent, pas tous parce que je ne peux suffire à la tâche, mais certains d'entre eux, les plus anciens, les premiers découverts, et quelques amitiés solides survenues depuis en même pas de vue mais presque. Rubriques "bloguézamis" et "bloguézailleurs". Que ceux qui ne sont pas cités ne soient pas dépités, je les aime aussi.

A droite, l'habitude blogueuse: dans le désordre, des expressos, un calendrier, les derniers commentaires, et quelque uns des blogues amis avec leurs derniers billets, pour mon usage personnel de suivi mais pourquoi ne les visiterais-tu pas?

Voilà, à nous deux maintenant, parlons de Théolone.

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Le titre sera : Les chroniques de Théolone. je ne me suis pas fatigué, puisque c'est Théolone lui-même qui les a écrites, et puisqu'il me les a envoyées en les désignant comme des chroniques.

J'ai croisé ce personnage bizarre il y a déjà quelques années. Sans que nous ayons vraiment sympathisé et pour de curieuses raisons qu'il n'est pas opportun de raconter ici, il s'est mis à m'envoyer de temps à autre et sans préavis des textes plutôt confus rédigés d'une écriture jetée sur des feuilles de carnet à spirales arrachées sans ménagement.

Ne sachant qu'en faire, je les ai laborieusement recopiées et enregistrées sur un ordinateur de hasard. J'ai même pris parfois la liberté d'y ajouter quelques paragraphes sous prétexte de liant. Des transitions, des annonces, des repères, enfin tout ce qui parasite le naturel et l'empêche de revenir au galop. Il serait furieux, mon moine, surtout ne lui dites rien.

En italiques ce sera moi, sinon c'est lui.

Entre temps, le blogue, enfin ce nouvel avatar de la bouteille à la mer, est devenu paraît-il très en vogue. Pour une bouteille à la mer, c'est la moindre des choses d'être en vogue. Alors voguons, divaguons, je ne sais si l'homme sera content ou furieux, mais mon petit doigt me dit qu'il attend depuis des années que je me décide, sans jamais avoir rien manifesté.

Il me faut encore maîtriser la bête, comprendre ces mots mystérieux, le blogue, le blogging, le clipping, les newsfeed, et tous ces mystères insondables. Ne vous étonnez pas si des textes disparaissent, s'ils surgissent de rien, s'ils font désordres, s'ils sautent d'un site à l'autre. Je clique, et hop me voici parti dans des circuits inconnus devenus fous.

Je vais tenter de maintenir une numérotation vaguement datée, non seulement de la date des mises en ligne, l'automatisme y pourvoira, mais de la date à laquelle le personnage a cru bon de se référer dans ses textes, celle de l'écriture initiale, et que confirme parfois la date à laquelle les feuilles arrachées me sont parvenues.

Soyons fous et embarquons. Personne, moi le premier, ne connaît la destination.

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samedi 4 juin 2005

Tout recommencer

 

Pouf pouf.

Je recommence tout. Je perds les articles, je les retrouve ailleurs, je les reperds, je ne sais plus où ils sont. Je ne sais même pas si quelqu'un peut les voir quelque part. Naviguez, qu'ils disaient. Pour naviguer, je navigue, je rame, je nage en eaux troubles. Alors je repars à zéro, avec le premier article. Tant pis pour les doublons qui ne vont pas manquer de survenir. Heureusement que j'en avais gardé une copie ailleurs.

Que vous disais-je ? Oui, le personnage rencontré il y a cinq ou six ans, et ses étranges carnets déchirés. Je vous les confie de nouveau, en commençant par le premier jour. Il sont classés par jours qui ne se suivent pas, mais qui restent dans l'ordre chronologique. C'est bien pour cet ordre là que le blog a été inventé, non ? Enfin, à condition que je réussisse à le faire fonctionner avec tous ces boutons, ces onglets et ces formules cabalistiques directement traduites de l'anglophonie sans aucun mot de passe.

La première fois que j'ai reçu un de ces billets, j'étais au mois mai 1999. Vous aussi d'ailleurs, mais vous ne le saviez pas. Je ne me souviens plus du jour exact, ce qui me donne la liberté d'en inventer un. Ce sera donc le 21 mai 1999, le cachet de la poste n'ayant rien à voir.

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mardi 7 juin 2005

CHAPITRE PREMIER - 1.1 - Se taire.

Premier jour.

 

21 Mai 1999.

 1a.    Il s’appelle Théolone et il est moine. Il habite la grande île. Ne le croyez pas ermite sur son rocher, battu par les flots, barbe hirsute et vêtements négligés, œil hystérique et geste vengeur. Son île est douce et peuplée, elle est assez vaste pour vous contenir tous, et il ne fuit pas notre compagnie.

Je m’appelle Théolone et je suis moine. Je vis dans la montagne, modeste montagne, quelques hauteurs qui me donnent l’illusion vite dissipée de dominer un peu. De ma fenêtre, j’aperçois la plaine où court la séparation, et la capitale au loin qui poudroie. Poussière, poussière, dois-je vraiment devenir un jour cette brume impalpable qui recouvre meubles et immeubles, folie et sagesse, ceux d’ici et ceux d’en face, ainsi qu’il est écrit là où c’est écrit ? Et qui alors vais-je recouvrir ? A choisir, quelque nymphe émue.

Un matin, je me souviens que c’était un matin, j’avais très mal dormi et la soirée de la veille m’avait laissé un goût de sel je ne sais plus pourquoi, j’ai décidé de me taire. Il y a longtemps maintenant, bien avant que je vienne habiter ici dans mon rocher confortable et peint. Soudain, il me fallait le silence et ce matin là je m’en suis emparé.

J’avais essayé d’autres fois, des silences, j’en avais placé ici et là, parfois dans l’indifférence, et parfois à la surprise générale, il y en eut même d’historiques à ce qu’on m’a dit. Mais ils ne m’appartenaient pas, ils m’échappaient les uns après les autres, on me les confisquait. Je n’étais jamais le maître de mes silences.

Alors il a fallu dépasser les bornes, cesser de résonner dans le vide, et plonger dans le silence du cosmos qui m’habitait. Fini, infini, sphérique ou non, avec ou sans les alvéoles feutrées des anciens, je ne saurais vous le dire, peu importe sa forme et sa texture, du moment que j’en devenais seul et définitif dépositaire, gardien de l’éternité.

Les alvéoles feutrées. Ils ont l’air fins, les anciens, maintenant qu’on les a traduits avec nos pauvres mots, eux qui tentaient de saisir l’insaisissable. On a fait de leur angoisse cosmique des approximations comiques, et nos pédants traducteurs les ont ridiculisés. Alvéoles feutrées, air substratum, âme humide et raisin sec. Par la sandale d’Empédocle, quel jargon, quel embrouillis, quel marécage, ces traductions rampantes de ceux-là qui volaient si haut.

    1b.    Il s’appelle Théolone. Il est le maître du silence.

J’ai autrefois déchaîné des vacarmes et des tonnerres, et j’ai su échapper à leurs poisons. Aujourd’hui enfin j’entends. Les cris des hirondelles, elles nichent ici huit mois par an puis repartent vers le nord, le bruissement des cerisiers, la rumeur de la nationale qui serpente vers la plaine et, d’année en année, la folie des gens qui réfléchissent à se tirer dessus, le long de la ligne.

Entendre. Surtout ne pas écouter. Entendre le monde.

Le bruit du monde est une langue étrangère qu’on n’a pas apprise. Des sons chuintants ou rauques, des accents et des gargouillis, voilà la vérité des hommes dont je suis, et tout ce qui en reste là-haut. Lentement je désapprends le langage, je vais finir par y parvenir, au stade du gargouillis, encore un petit effort.

Que vais-je alors pouvoir vous écrire, dans ce silence ?

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mercredi 8 juin 2005

1.2 Se taire ou se taire, jamais.

1.2. Deuxième jour.

Les traducteurs des anciens ne méritent pas l’injustice de mon ironie facile. Tous comptes faits, nous commençons par eux. Tout commence par eux

Traducteurs hésitants et confus, incertains et pédants, ils ont beaucoup tâtonné pour nous donner les clés, pour nous ouvrir des portes qui nous étaient infranchissables. Eux-mêmes ne savaient trop sur quoi elles ouvraient, ni s’il y avait seulement des portes qui allaient avec les clés. Le cosmos a pris aujourd’hui une figure plus ou moins compréhensible, alors comment exprimer sans ridicule les tourments de ceux qui sans rien savoir, tentaient le diable et le tiraient par la queue ?

Pourtant, le cosmos soi-disant compréhensible a lui aussi ses mystères, et les plus puissants télescopes nous brouillent un peu plus la vue à chaque nouvelle découverte, nous brouillent un peu plus la certitude. Le cosmos est à la mode ces jours-ci, avec l’éclipse totale de soleil qui se prépare. Quoi de plus simple qu’une éclipse totale de soleil ? Je prends une balle de ping-pong, un gros pamplemousse, une lampe de poche, et je te démontre l’éclipse de soleil en deux temps trois mouvements.

Les pauvres philosophes d’autrefois ne connaissaient ni la lampe de poche ni la balle de ping-pong. Je ne suis pas très sûr pour le pamplemousse, mais il se peut qu’ils l’aient ignoré aussi. La Malaisie est si loin ! Comment veux-tu qu’ils puissent accéder à l’étincelante vérité ? Alors, faute de la comprendre, ils l’inventaient, ils lui donnaient un son, une texture, une couleur. Ainsi sont nés les alvéoles feutrées, la musique des sphères, la musique de Sphère ; ainsi ils ont fini par créer l’univers, ils l’ont appelé Cosmos, et la connaissance dont nous nous targuons gémirait encore dans sa caverne sans cette invention là.

Posté par andremriviere à 13:19 - 0 - INTRO - Commentaires [4] - Permalien [#]



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