MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

vendredi 24 juin 2005

1.3 fin - en finir avec Diogène ?

Le soir du troisième jour.

3 d    Je n’en dirai pas beaucoup plus sur Diogène. Ma philosophie de comptoir est trop limitée pour pouvoir longtemps discourir et approfondir. Un survol sommaire et je suis content de moi.

Je dois malgré tout ajouter une pierre à mon édifice, ou plutôt mon modèle réduit, ma maquette et revenir aux braves gens de tout à l’heure. Ils n’ont pas dit leur dernier mot.

Les braves gens se réclament de lui et nous brandissent leur Diogène à tous les coins de rue. Etourdiment, ils en font le porte drapeau du combat des réprouvés de la terre, le noble forcément noble combat des victimes contre le monde impitoyable des puissances étatiques, financières, racistes, nationalistes, tout ce que le monde compte d’écraseurs de pauvres, de veuves et d’orphelins. Les robins des bois du temps de maintenant, en quelque sorte. Les braves gens se pavanent leur bonne conscience en bandoulière et un petit Diogène à la boutonnière. Les voilà qui défilent pour défendre les sans papiers, les sans logis, les sans métier, les sans. Jolie expression, ce mot de « sans ». Les « sans », tout y est. On aperçoit la longue cohorte des miséreux qu’on ne veut pas voir, et autour d’elle, affairés, les braves gens. Je crois que nous devons ce mot de « sans » à Albert Jacquard.

Entendons-nous bien. Je n’ai rien contre Albert Jacquard qui serait bien surpris de se voir mêlé à mon propos. Son énergie et ses convictions portent déjà leurs fruits, et loin de moi l’idée d’en rire ou d’en diminuer l’importance. J’admire le travail d’Albert Jacquard même si parfois je ne le suis pas sur certains terrains. Ce n’est pas l’objet de ce chapitre et je me garderai de toute ironie à son sujet. Je m’inquiète en revanche de ces bonnes âmes qui lui ont collé Diogène dans les pattes et qui, ce faisant, avec toutes la meilleure conscience qui soit, cette bonne conscience dont ces bonnes âmes se complaisent à contempler l’image dans leur glace tous les matins, anéantissent les efforts de notre bon vieux professeur.

Parce qu’une chose essentielle a échappé aux bonnes âmes, que le vieux professeur connaît bien, lui. Vous l’avez vu, la spécialité de Diogène est de cracher sur le monde entier à l’instant même où le monde se prétend humain. Il crache sur les puissants, bien sûr, mais Diogène ne s’embarrasse pas de considérations de pouvoir et de fortune et il ne se gêne pas pour cracher sur les miséreux que nos bonnes âmes prétendre secourir, avec le même enthousiasme, la même application, la même constance, la même vigueur. Puissant ou misérable, dès qu’on se prétend homme on devient méprisable pour notre Diogène. Le voici, le comble du contresens de ceux-là qui se réclament de Diogène, de ceux-là qui se battent pour intégrer la société des hommes, de ceux-là qui crèvent d’en avoir été exclus contre leur gré, et de tous ceux qui les aident, ils se réclament tous de ce Diogène qui s’est exclus de lui-même, qui se proclame joyeusement exclu par choix, par décision, et qui s’en vante, plutôt crever que d’intégrer la société des hommes.

Ne voyez-vous pas, bonnes âmes béantes, que les puissants que vous prétendez combattre à votre tour de vos vains petits poings, sont bien plus proches de votre soi-disant maître Diogène que vous ne le serez jamais ? Pour eux, rien ne vaut tant que leur réussite individuelle, leur puissance ancienne ou nouvelle, les moyens importent peu pourvu que le résultat soit là, et les cadavres laissés en route peuvent être oubliés sans remord, puisque justement l'homme n’est rien, même pas un homme. Le cynisme insupportable d’usage courant n’est pas le petit frère bâtard d’un cynisme philosophique honorable, ils sont frères jumeaux, et qui soutient l’un soutient l’autre.

Alors réclamez-vous de Diogène tant que vous voulez ; chacun son choix. Mais votre bonne conscience, elle restera à jamais coincée dans votre miroir, profitez en bien avant de sortir dans la rue.

---------FIN DU TROISIEME JOUR----------------

Posté par andremriviere à 13:52 - CH.01 - DIOGENE. - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

Se promener - se promener entre tes phrases comme dans une contrée inconnue, que vais-je découvrir au détour d'un buisson, d'un monticule ? je trouve toujours des mots qui m'avaient échappés, des mots oubliés.

Posté par Marie, mardi 29 avril 2008 à 20:19

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