vendredi 1 juillet 2005
2.2 - La fillette.
2.2. Cinquième jour. La fillette.
Le clapotis de la mer est irrégulier. Il faut dire qu’elle est étonnamment calme, comme seule doit l’être à l’autre bout du monde la mer des Caraïbes entre deux cyclones. Alors ici ou là un rouleau de dix centimètres de haut vient se fracasser sur la plage minuscule avec le plus de bruit possible histoire de détourner l’attention et me donner un début. Il fait bon rêver aux autres mers chaudes, celles que mes ancêtres ont conquises de leur langue, mes ancêtres cousins, partis de cette mer-ci.
Questions, questions, questions ! Il faut donc sans cesse répondre à ses questions, en lâchant tout qui se fracasse au sol en mille éclats informes. Elle ne voudra donc jamais que j’écrive, et le passage ne sera jamais libre ! Naturellement, elle jurera qu’elle n’a rien dit rien fait, qu’on lui fait un mauvais procès, et qu’il sera toujours temps de reprendre après l’interruption, la fine mouche. Comme si on pouvait reprendre, après une interruption, comme si on pouvait recoller les morceaux éparpillés. La trivialité quotidienne piétine mes plates-bandes, dérisoires et marécageuses. Il me reste à devenir légume, et la trivialité y trouvera son compte enfin, sainte trivialité dévouée et inlassable. Les points sont bien à leur place sur les zi, jamais je ne pourrai écrire, sinon quelques instants volés, sinon quelque fugacité saisie en vol, et vite plaquée, planquée.
Mai 2000.
Commentaires
amertume
Point de carnet à spirales, la certitude de ne jamais pouvoir écrire et ne pas avoir d'île où me planquer ...
Je veux être morte avant que d'être légume.
racine?
Légume ou salade? Pissenlit ou romaine? Morte à d'elle ou Vie n'aigre? Ce sera l'huile ou moine.
hé bien,
si tu répondais plutôt à ses questions en lui renvoyant les tiennes, juste comme ça, par jeu, par goût, par provocation...
Juste pour voir jusqu'où peuvent aller le vide et le plein.
Il te faut écrire encore et toujours et malgré tout... Et jamais le passage ne sera libre...
Cela n'aurait aucun intérêt d'ailleur... Ou bien alors... Je te pose la question : Quel serait-il ?...
Dis-moi donc...
fillette
C'est étrange ces glissements, ce paysage vu d'une autre montagne. Etait-ce la fillette qui me posait ses questions? Mes question? Est-elle déjà dans le champ, de vision de blé de tir?
Il y a des ombres qui passent, des fantômes, auxquels je n'avais pas pensé en écrivant, en passant de la fiche au clic. Et pour autant ils existent comme ceux qui auxquels je ne pensais pas. Es-ce que tu meurs si on ne pense pas à toi, si un seul ne pense pas à toi?
Répondre? Ou retourner la question? Ou en faire la réponse aux miennes? Ou garder le silence, le grand silence, l'indispensable silence, l'impensable silence.
Parler quand les oreilles ont décidé d'être sourdes. Ecrire pour sauver les meubles.
