vendredi 1 juillet 2005
2.4 - La fillette (suite).
Je crains tellement les rêves noirs.2.4. Septième jour.
Les dangers qui rôdent autour d’une fillette de deux ans blondinette et rieuse sont tous aux aguets, derrière chaque carrefour, chaque bonhomme, chaque fenêtre, chaque fumée. Rien ne suffira, ni la chambre sourde, ni la camisole, ni les remparts de Varsovie, de Séville ou de Jéricho, ni mes bras écartés et mes alarmes de crécelle. Il faut accepter la peur constante et l’enfouir dans une insouciance gaie et une attention rêveuse. Il faut laisser vivre la vie au risque d’en mourir, il faut espérer mourir le premier, et le plus tard possible.
Le monde des rêves peut en un instant devenir un cauchemar ; aux premières lueurs de l’aube on se réveille, il n’est rien arrivé de funeste aujourd’hui sèche ta sueur et cesse tes tremblements, retrouve ton monde de rêves, et repars en voyage. Partons en voyage, Emma ma petite-fille qui m’a rendu père, Emma qui a fait de sa mère ma fille, et qui peut-être un jour l’en convaincra.
Emma qui m’a rendu chèvre aussi : je bêle à tout va. Ma musique déraille et je trébuche, de silence en dissonance, le rêve du début est en miettes et c’est tant mieux. Du haut de ma colline, le calme revient la nuit tombée, à peine remué d’un vol d’oiseau nocturne battement d’aile mat et furtif, d’un ruisseau sous la mousse il a plu ce matin, d’une respiration d’enfant endormie avec l’histoire que je t’ai lue. A mon tour je vais dormir, je vais retrouver la maison géante de mon enfance, les frayeurs des précipices sans fond, la voix de mon père ou d’un oncle sévère et bon, et peut-être nous nous croiserons, toi l’enfant et ses sortilèges moi le moine endormi.
Je tourne en fermant les yeux autour du lit, pas lourd et dansant de l’ours. Je suis sphère.
Juin 2001
Commentaires
lui avez-vou lu "l'enfant qui avait peur du noir" ?
