MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

vendredi 8 juillet 2005

3.3. Petite radicelle têtue.

Onzième jour.

J’ai peur de la mort. Terrifié, anéanti rien que d’y penser, je sais que je vais mourir et je ne sais même pas quand, et je suis le quatre-vingt cinq milliardième humain à qui cette aventure arrive. Je ne suis pas à un milliard près.

Voilà qui est dit. Que fait-on maintenant ? Que fait-on, où va-t’on ? La frénésie me saisira t’elle, tout faire tant qu’il est temps, mais n’est-il pas déjà trop tard, tout dire mais quoi, et penser à laisser les timbres bien rangés. Un jour, j’écrirai sur les timbres bien rangés. Ils ont à voir avec la mort. Mais auparavant, il faut songer à l’éternité. Elle est le seul moyen de vaincre la noire silhouette qui attend, dirait Lapalisse, et s’il ne l’a pas dit tant pis pour lui maintenant c’est trop tard.

Un jour, au fond de la grotte et tremblant de froid et de peur, un homme a découvert qu’il suffisait d’avoir des enfants pour devenir éternel. Il y avait longtemps que la femme savait et maligne elle se taisait, mais lui, trop occupé à jouer avec ses petits camarades, ne s’apercevait de rien. Par moments, il jouait un peu avec elle surtout les nuits de pleine lune quand il faisait si chaud et qu’on pouvait se deviner dans la lumière pâle, puis il repartait pour de nouvelles aventures.

Au retour, un homoncule braillard occupait le terrain, et peu à peu le poussait vers la sortie.

Par une illumination d’un soir d’orage, ou de neige je n’y étais pas alors je ne me souviens plus très bien, il découvrit que ce petit était lui et qu’il était son père, je veux dire que lui était devenu son père à lui, pas au petit, vous me suivez, non bien sûr. Enfin presque, et le presque suffira.

Le fils est devenu le père parce que le père a reconnu le fils, s’est reconnu en lui. Voilà tout. Il faudra qu’un jour le fils reconnaisse le père pour vivre, mais c’est une autre histoire. L’homme dans la grotte venait d’inventer l’éternité. Little rootie tootie. Ainsi fut-il nommé, le fils. Petite radicelle têtue. On peut imaginer cette trahison là des mots étranges. Plus personne n’eut besoin de pousser le père vers la sortie, il s’en est allé gaiement de lui-même parcourir les plaines ensoleillées, goûter les fruits de la sérénité, en laissant sa collection de timbres bien rangée.

Et si le fils avait été une fille, se demandèrent tout à coup les fauteurs de trouble. Bon, je vais me pencher sur les filles, sur les pères et les filles, sur l’homme et la femme. Je sens que je vais déplaire à tout le monde. Ce serait pourtant bien simple de dire que ce serait exactement la même chose, que l’enfant soit fils ou fille.

Il a fallu qu’on complique tout.

(à suivre - laissez moi un peu de temps, je ne retrouve plus ses papiers, au moine, et je dois récupérer ma tête)

Posté par andremriviere à 09:29 - CH.03 - LITTLE ROOTIE TOOTIE - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

si petits nous les grands

Accepter l'inéluctable et partir avec le moins de regrets possible, est-ce faisable ? on voudrait toujours et puis il arrive un moment où il faut bien admettre que l'on est seul sur son propre chemin, les autres nous croisent, nous suivent, les nôtres nous côtoient plus longtemps et sans bien le savoir s'imprègnent de nos expériences partagées.

Posté par Marie, jeudi 18 octobre 2007 à 20:08

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