mercredi 28 septembre 2005
4.2. Descendre dit-elle. #3
2.c Le goût du thé.
Revenons au thème, just a gigolo. Il a été mis à toutes les sauces, sucrées et salées, et l’auteur de la chanson n’avait pas imaginé que sa ritournelle allait résister à tous les traitements, les plus académiques et les plus sauvages.
J’ai planté là mon discours sur la femme et sur l’adoption juste comme il commençait à m’intéresser, pour dériver dans un éloge du cerveau et une invective à la nature, sortes de cheveux sur une soupe même pas encore cuite. J’y reviendrai, aux éloges et aux invectives, à la femme aussi d’ailleurs, ils ne perdent rien pour attendre, mais le thème, la jolie chanson américaine, continue de faire entendre sa mélodie sous les cafouillages, les silences, les oublis, il est le standard, le tremplin, la planche de salut. Mon gigolo juste s’appelle ici Adoption comme expression de l’humaine volonté, comme point culminant du refus de l’ordre des choses.
Il y a des descendances qui coulent de source. L’homme a enfermé la femme devenue pubère, il a triomphalement montré le linge taché de sang, et par un effort digne des héros de l’antiquité, il a placé ses gènes dans son plaisir. Il a poussé le cri de victoire, il a employé les mots de pureté et de certitude. Il peut maintenant dormir tranquille le restant de ses jours en buvant son thé ou son whisky, selon sa culture et l’endroit où il se trouve. Il a échappé à la malédiction. Le con.
Même dans ces pays où la vie se passe comme je viens de raconter, ces pays là existent hélas et dans les autres pays on y met un peu plus de forme mais guère, c’est à la naissance de l’enfant puis de ses sœurs et de ses frères, que commence la vie du père, celle qui mérite d’être vécue, celle pour laquelle il a vécu, c'est seulement à ce moment là, pas une minute plus tôt. Réveille-toi, homme qui dors sur tes certitudes ! Quand bien même ta femme aurait été cloîtrée toute sa vie, quand bien même tu aurais été le premier et le seul, quand bien même tu pourrais jurer de tout cela, ton travail ne commence qu’au jour de la naissance de tes enfants. Ta femme est embarquée depuis longtemps dans cette aventure, depuis beaucoup plus de neuf mois, depuis le jour ou le premier filet de sang a coulé le long de sa cuisse effrayée, et il lui a fallu arriver à l’idée de ces neuf mois et des années qui suivront.
Mais toi, qu’as-tu fait ce temps là ? Tu as été le surveillant de la grille et le gardien des cadenas. Maintenant, tu vas devoir les adopter ces enfants, les faire tiens. Comment dis-tu, ils sont à toi, ces enfants ? De quel droit, de quel Dieu les tiendrais-tu ? Seraient-ce les cadenas, les grilles et les certitudes qui te rendent ainsi propriétaire ? Tu dérailles, mon pauvre homme, personne n’est propriétaire des enfants qui sont nés, et leur mère le sait. A toi de l’apprendre, maintenant. A toi de les vouloir, de le vouloir, et de devenir leur père par un long combat protecteur, contre eux, contre toi, contre la nature, la verte nature. Si tu as de la chance, à leur tour, dans très longtemps, ils t’adopteront et ta vie n’aura pas été vécue pour rien.
Si tu oublies cette loi, si tu bois ton thé à la menthe assis sur ta certitude initiale, tu ne seras rien ; un matin tu te réveilleras et tu découvriras que tu es mort ; ton discours de la supériorité de l’homme sur la femme aura un drôle de goût.
à suivre
