MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

jeudi 24 janvier 2008

22.1. L’enlèvement des Sabines.


Le refrain est toujours le même. Il repose sur la même certitude assénée, certitude ou postulat, vérité fondamentale, ontologique, qu’en sais-tu ? Nous ne sommes pas dans la démonstration du pour, ni du contre, nous sommes au point de départ, et tu dois choisir la bonne voie. tu n’as en fait pas d’autre choix que celui de la voie où tu es déjà engagé depuis longtemps, où toute la société où tu t'es construit t’a posé.

Cent-treizième jour.


Je ne suis pas de ceux qui font table rase du passé, cette vieille rengaine, car elle aussi est une vieille rengaine, elle a déjà montré ses fruits. Alors soit, je prends la société capitaliste qui m’encercle et m’embrasse, et je vais tenter d’admettre son postulat fondateur : les mérites de la concurrence libre et non faussée. Cette concurrence qui justifierait, selon certains, qu’on laisse libre d’agir les possédants avec leurs possessions.

De hauts cris m’accompagnent et tentent de couvrir ma voix. Ultra chose, me disent ces cris. Mais taisez-vous les criards, taisez-vous, et pensez un peu avant de crier. Commencez par comprendre que ceux qui évoquent le laisser libre d’agir comme conséquence de la concurrence sont à la fois les partisans les plus chauds de cette idée de concurrence libre et non faussée, du moins de sa revendication, et les adversaires les plus acharnés, les plus révolutionnaires, qui y voient le mal absolu et qui, pour y échapper, préconisent la table rase.

Et s’il fallait prendre garde, d’abord, à s’occuper de la pratique, et si l’idée était bien plus de gauche que de droite, pour parler cru et dire des gros mots ?

Il est temps que nous cessions nos anathèmes et que nous tentions de mettre des mots sur ce que nous voulons combattre, mettre une logique, mettre un raisonnement, que nous tentions de discerner les contours de ce raisonnement au lieu de crier dans les coins. Si nous faisions la différence entre un concept fondateur, et l’usage qu’on en fait ? Nous avons assez reproché aux états communistes d’avoir trahi les idéaux de Marx par des dérives totalitaires, et nous avons assez reproché aux opinions de droite de stigmatiser Marx au motif des dérives de ceux qui l’ont trahi.

Nous savons bien que c’est beaucoup plus compliqué que cela, et qu’il faut se pencher avec sa loupe pour voir un peu où sont les tenants et les aboutissants, les œufs et les poules. De la complexité comme mode de pensée, comme mode de vie. Idée profondément ancrée dans notre philosophie européenne et si bien dite par Edgar Morin. Qu’un faquin ait tenté de détourner à son profit le discours du philosophe n’a aucune importance sinon d’avoir contribué involontairement à le mettre à la mode, à le rendre visible, joies des détours de la pensée.

Nous devons faire de même avec la concurrence libre et non faussée. Au lieu de jeter bébé et eau du bain, nous devons examiner ce qui relève du progrès social, ce qui relève de l’œuvre de civilisation, pour en rester à ces grands mots réveillés depuis peu. Nous devons éviter les amalgames de nos adversaires, et nous saisir du concept pour en tirer son miel. Mais il faut se pencher avec la loupe, d’abord.

Nous saurons mieux alors ce qui cloche, ce qui est bon à jeter. Taisez-vous, criards de service, écoutez-moi si vous n’êtes pas devenus sourd de trop vous faire plaisir, et prenez ce qui est bon à prendre, soignez ce qui est bon à soigner. L’anathème n’a jamais enrichi personne, et prendre à l’ennemi ce qu’il a de mieux est le plus profitable des pillages.

Vous violez leurs femmes, et vous vous en faites des ennemis définitifs et radicaux, vous aimez leurs femmes et vous gagnez une génération de partisans. Qu’ont fait les romains avec les Sabines ? Ils les ont enlevées, et quelques années plus tard, ils étaient beaux-frères et gendres avec tous leurs voisins, à étriper les Etrusques d’un commun accord. Je ne prétends pas à un compromis, à un juste milieu de mauvais aloi, les justes milieux sont toujours de mauvais aloi : l’enlèvement primal ne sera jamais oublié, il sera seulement regardé en face par tous, parce que tous savent aujourd’hui que ce fut une bonne idée, une vraie bonne idée. Combien de massacres pour de fausses bonnes idées ?

Et ne viens pas me chercher en disant que les Etrusques n’étaient pas de ce temps là. Si ce ne sont eux ce sont leurs frères. Mais étriper l’Etrusque sonne mieux que combattre le Dace, vaincre le Volsque, envahir le Teuton. Avec moi, l’Histoire se soumet à l’euphonie et c’est tout.

#2 à suivre.

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Posté par andremriviere à 11:27 - CH.22 - MONEY JUNGLE - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

pas si limitée

C'est trop sybillin pour être compris des simples et nous sommes les plus nombreux. Compromis ou solidarité, va savoir mon moine !

Posté par Marie, jeudi 24 janvier 2008 à 13:52

mousse

...la pointe ne l'était pas tant.

Posté par Cynique, lundi 28 janvier 2008 à 17:08

... les oeufs et les poules et Nicolas Poussin qui a imortalisé (?) l'évènement, ce qui a dû inspirer l'autre.

Posté par Marie, samedi 16 février 2008 à 20:06

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