MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

mercredi 16 juillet 2008

22.64 – La liberté du choix.

Cent dix-huitième jour (suite).

Evidemment, s’il se jette sur toutes les digressions qui passent, on n’y arrivera jamais. Il peut toujours se plaindre qu’il n’a pas le temps, le moine. Liberté de l’offre, minimum vital, droits fondamentaux, survie, tous ces passages obligés, qui devront s’épanouir dans la liberté du choix, et si je l’ai bien compris, sans se tourmenter sur ce qui peut nous conduire à choisir sans qu’on le veuille vraiment, car là est notre vie à nous, notre secret et notre ressort : le Moine ne s’en occupera pas ici.

22.64 – La liberté du choix  (cent dix-huitième jour, toujours).

Tu préfères te gorger de slogans. Tu n’as pas vu que la survie doit se construire et se préciser, qu’il faut rentrer dans le détail, dans le trivial, dans le quotidien, les mètres carrés abrités, les calories journalières, les soins, les loisirs, oui, les loisirs, condition de survie comme le reste. Les choix et les limites sont à débattre, et à ces trivialités là on reconnaîtra la droite de la gauche, ce ne sera pas difficile.

Mais il ne faut pas mettre la charrue avant le tracteur. Je t’égare dans des méandres qui ne sont pas mon sujet, et la question de la survie est, depuis le début de ce cent dix-huitième jour, écartée. Il n’y a pas d’interrogation à son propos, elle est garantie par le monde où ma concurrence existe. N’en parlons plus. Enfin, essayons de n’en point parler le plus longtemps possible, que je finisse ma longue journée. Essayons d’oublier que ce n’est qu’une utopie, idée que je conteste. L’homme, l’être humain, à l’instant même où il est considéré par le monde humain comme un humain, doit en bénéficier, de cette garantie. Sous peine de disparition de l’humanité. Nous n’en sommes pas loin, et mon combat est d’échapper à cette logique infâme, non d’énumérer les bonnes raisons pour que nous n’y échappions pas.

La Société des hommes n’existe que pour assurer la survie de tous ; à l’instant où elle est incapable de l’assurer, à l’instant où une précarité s’installe, ou pire, où la précarité devient la règle proclamée sous prétexte de réforme, l’idée de Société disparaît, sans aller jusqu’à pleurer la mort des civilisations, qui pourtant en sont mortes de n’avoir pas compris leur enjeu. Encore une fois, et promis j’ai fini, c’est là

La liberté du choix. Oui, je sais, c’est mon titre, il faut écrire là-dessus. Tu m’as lancé derrière d’autres lièvres et j’ai perdu mon temps. Je devine que tu n’as pas manqué d’avancer en m’attendant et que je n’ai plus grand-chose à te faire découvrir. Une fois la survie sûre, tout découle. Tu pourras aller à l’étal de ta convenance, pour une pomme, un amour, un pays, un métier, non qu’il s’agisse d’acheter ce qui se vend, mais de choisir ce qui plaît selon la possibilité que tu auras de t’en approcher, conjoint, nourriture, activité, culture, lieu de vie, entourage, amis, chaussures, ou encore pourquoi pas, religion, si vraiment tu y tiens.

Tu ne veux pas voir cette lumière. Tu ne veux pas avoir à choisir, au fond. Tu hais la concurrence en ce qu’elle t’oblige à voir clair en toi dès lors que tu es libre, à voir clair en toi, je l’ai dit, pour échapper aux pesanteurs inconscientes et aux suggestions fugaces, aux paillettes trompeuses. Tu aimerais rester dans les limbes, à imaginer sans la voir la lumière du dehors, à lui donner l’apparence qui t’arrange mais qu’elle n’a pas. Tu ne la veux pas en face comme un soleil qui t’aveugle, et tu préfères te tourner vers l’obscurité du ventre, le confort du placenta.

Si tu sors, tu te trouves en concurrence, d’emblée. Tu vas devoir étaler tes propres charmes en espérant qu’on te choisisse, pour ta beauté, ta vigueur, ton intelligence, et laquelle, ou pour rien que tu saches mais qui fait de toi l’unique ; et en retour tu choisiras ce qui te convient, sans toujours trouver de bonnes raisons, ce qui fera de toi un membre de cette Société où tu as débarqué. Tu es individu quand tu donnes, et social quand tu reçois.

Voilà mon cher ce qu’est la concurrence. Libre. La libre concurrence. Tu vois pourquoi ce mot libre lui est nécessairement attaché. Contrairement à ce qu’on te racontait dans le placenta, cette liberté n’est pas celle du loup qui dévore l’agneau, tu vois bien que dans ce cas l’agneau n’est pas libre et donc la concurrence non plus. Celui qui vantera la liberté du loup aura seulement oublié que la liberté s’applique à tous, et que les relations entre le loup et l’agneau ne seront jamais des relations de concurrence. Nous nous étions trompés de mot dans les limbes, on nous y avait trompés.

à suivre.

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dimanche 27 juillet 2008

22.7. SURVIES.

 

PROLOGUE.

Alors il y eut une grande marée et un tas de bouteilles s’est déposé juste au pied du rocher, là sur le gauche, près de la maison du crime, où je les trouve le plus souvent. Je la nomme ainsi, la maison, parce qu’elle y ressemble vraiment, murs de grosses pierres sombres même pas du pays, toits entremêlés et pointus plus que le voudrait l’architecture locale, une de ces fantaisies années trente avec balcon en fausses lianes de béton, quelques aciers apparents et rouillés face aux embruns, haie épaisse ne laissant rien transparaître de la rue, mal éclairée le soir.

Elle donne directement sur l’océan. En nageant au-delà des limites raisonnables des bouées règlementaires, on peut s’approcher de ce côté fortifié. Pas d’escalier, et les vagues qui te précipitent sur les écorchures de pierre. A marée basse, un petit banc de sable peut t’accueillir et même t’abriter du soleil sous le surplomb. Là se trouvent les bouteilles que le Moine m’envoie, y compris le cachet de la poste, le certificat de passage du détroit, et la remontée de l’estuaire.

Quel voyage depuis l’île au Moine, l’île des parfums et d’Aphrodite réunis. Pourquoi le recoin était-il resté vide si longtemps, était-ce silence d’écriture, panne d’encre, ou changement climatique inversant les courants ? Le saurais-je ? Les courants sont de bons prétextes, en tous cas. Ils me donnent soudain un travail fou, recopier, affiner, trahir le maître. Je le sais, il a tout écrit depuis mai dernier, et il a failli se fâcher pour de bon de me sentir si morne, sous prétexte de vent contraires, de ventre contrarié.

Alors je reprends mon poste. Il veut continuer sa quête, il veut à toutes force s’approprier cette concurrence qu’on lui dispute, il en a fait un passage de Liberté, et tant de temps s’est écoulé depuis ses derniers écrits qu’il va un peu se redire, comme pour retrouver le fil, le lit du miel dont il a fait sa tartine.

Cent-dix-neuvième jour, à venir.

Posté par andremriviere à 23:33 - CH.22 - MONEY JUNGLE - Commentaires [3] - Permalien [#]

jeudi 31 juillet 2008

22.71 – David et Goliath.

Cent-dix-neuvième jour.

Dans la première des bouteilles qui viennent de s’échouer, il me fait un clin d’œil. La concurrence, le fort contre le faible, le costaud contre le malingre, le rouleau compresseur contre l’escargot. David contre Goliath. Seraient-ce des justifications à la concurrence, ces histoires où le perdant n’est pas celui qu’on attendait ? Parce que ce ne sont que des histoires qu’on nous a racontées, finalement, et qu’il suffit de les croire.

1. David et Goliath.

Il faut mettre les points sur les zi. Ce sera le seul moyen de ne pas retomber dans l’ornière, de ne pas rejouer David et Goliath, et encore dans leur cas tout le monde sait qui l’a emporté. Même les ornières parfois se prennent les pieds dans le tapis, ou comment échapper à la métaphore.

Enfoncer le clou. Dire les mots qu’on ne devrait jamais oublier, tout attaché, concurrence-libre-et-non-faussée, en un seul son, un seul soupir. Mon agneau d’il y a si longtemps, quand le loup l’aura dévoré, plus personne n’osera dire que c’était un jeu de concurrence en prenant un faux air innocent.

Non, mon pauvre nain. Ce n’est pas celui de la concurrence, le jeu dont tu te réclames avec tant de suffisance, toi et tes sbires enrichis, c’est un tout autre jeu, féroce et naturel, écolo en quelque sorte, où le fort détruit le faible, où le bien armé jette au feu le Mallarmé sous prétexte d’inutilité, et où parfois la fronde du petit tue le géant, histoire de faire croire à tous que chacun a sa chance. C’est un autre jeu, et ceux qui confondent ce jeu ci et ce jeu là pour n’en retenir qu’un comme modèle ou pour s’en lamenter, détruisent toute possibilité de civilisation sous prétexte d’équilibre naturel. Comme si la loi de la jungle et la loi du Marché constituaient des équilibres naturels.

J’appelle civilisation ce que l’être humain a tenté de construire au cours de sa brève existence, sept millions d’années demain matin à 13h43mn18s, j’ai vérifié, pour assurer sa survie collective et sa vie individuelle, pour trouver la potion magique qui les rend compatibles. Il n’a pas trouvé et ne trouvera jamais, hormis quelques périodes ici ou là qu’il n’a pas su retenir, et la dernière en date se termine, est terminée.

J’appelle civilisation ce qu’il a inventé pour échapper aux lois naturelles, autant que faire se peut. La question n’est pas d’être pour ou d’être contre, la question est que sans cette idée là, l’idée de civilisation, l’homme aurait disparu de la surface de la terre depuis belle lurette, pour autant qu’il ait réussi à y apparaître. Les grands et lointains primitifs, la petite Lucie en tête, avaient déjà posé des pierre de civilisation, avaient déjà faits les premiers essais, connu les premiers échecs.

Comme aujourd’hui, à cause de quelques nains qui se réclamaient des lois naturelles, alors qu’elles n’existent pas, ils sont tombés dans les poubelles de l’histoire.

Et tu voudrais que je continue d’écrire ?

J’essaierai, pessimiste et increvable. Attends donc les courants.

22.72 à suivre

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Posté par andremriviere à 18:24 - CH.22 - MONEY JUNGLE - Commentaires [2] - Permalien [#]
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