MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

dimanche 14 septembre 2008

22.81 - Les barbelés du bonheur.

Suite du cent-vingtième jour.


Seconde enceinte.

Alors nombreux sont ceux qui viennent récupérer chez nous ce qu’ils ont perdu. Tant que cette justice là ne sera pas rendue, nul ne pourra revendiquer la moindre concurrence qui tienne. Récupérer ce que notre monde leur a pris au nom de divers prétextes que je peine à nommer valeurs. A nous de réparer les fautes des pères, ensemble dans notre monde, et qu’on se garde de le demander à moi seul. La Civilisation que nous prétendons défendre ne se défendra qu’à ce prix, et ne pleurons pas sur les fautes, tentons de les réparer sans relâche et sans naïveté, sans mauvaise conscience, mais sans autosatisfaction.

Quadrature de cercle que nous prétendons ne pas être capables de résoudre, et qui est le seul chemin de la paix pour nos enfants. Ne pas payer plus que de raison, car les fils des victimes n’ont pas à revendiquer tout ce que leurs pères ont perdu, mais seulement le droit de redevenir égaux, mais leur rendre ce minimum, ce fameux minimum, leur permettre de le ramener chez eux d’où ils n’auraient jamais voulu partir, d’où il n’aurait jamais dû partir.

Ce sera très long, très difficile, et je n’ai aucune recette. Raison de plus pour s’y atteler dès aujourd’hui. Mais je suis certain de ceci, si tu me permets d’asséner pour une fois une certitude dans mon flou : à l’instant où l’on élève des barbelés, où l’on affrète des charters, on détruit la liberté de chacun de choisir la Société qui lui convient, on détruit la liberté de concurrence entre les Sociétés et entre les Civilisations. Et du jour où elles ne se font plus concurrence, elles meurent toutes.

Les premiers à mourir sont ceux qui se sont entourés de hauts murs et de barbelés, de vigiles et de champs de mines, les premiers à mourir sont ceux qui ont peur.

Sans cette liberté là de se concurrencer d’égal à égal, il n’y a plus de Société, il n’y a plus de Civilisation. Je t’entends déjà que tu n’as pas encore ouvert la bouche. Tu vas m’accuser d’angélisme, et tu vas dresser devant moi le spectre de la ruée vers l’eldorado, où chacun va se précipiter vers ce qu’il croit être la Société d’abondance et abandonnera sa Société de privations. Tu crois que tout ce monde est à ton image, qui te précipites vers le clinquant qui t’attire, et tu penseras que tous feront comme toi ce que tu sais que tu ferais.

Non, justement. Les plus sages savent qu’il vaut mieux éviter de se noyer dans le détroit, qu’il est d’autres meilleurs combats à mener chez eux.

à suivre.

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lundi 8 septembre 2008

22.81 – Les barbelés du bonheur.

Début du cent-vingtième jour.

On ne m’y reprendra plus, à chanter du Bobby Lapointe, faux.

Pire.

 

Première enceinte.

 

Une autre frontière vient brouiller mon omelette, la frontière de ma société que je rêve de faire vivre de ma concurrence libre, cette concurrence qui fait partie de ma société, en admettant que ma question du minimum ait trouvé sa réponse, en admettant que nous lui ayons trouvé une réponse. Vais-je installer des barbelés, des centres de rétention, des retours en avion enveloppés dans un film plastique et du ruban adhésif avec juste un trou sur la narine, on n’est pas des monstres ?

Des touristes de passage à ma chapelle m’ont raconté qu’il existait des Sociétés qui prétendaient se protéger ainsi ; les touristes sont si menteurs que je n’ose croire une stupidité pareille, que je ne puis croire une ignominie pareille. N’importe quelle Société qui agirait ainsi se détruirait elle-même, surtout si, sous divers prétextes comptables, elle prétendait ne pas devoir assurer le minimum, le fameux minimum, l’irritant minimum, l’obligatoire minimum.

Alors, les gens ? Minimum pour tout le monde, tournée générale ? La terre entière invitée à la maison pour faire cesser la misère et la concurrence faussée ? Où commencent et où se terminent la Société, et la Civilisation dont elle se réclame avec toutes les majuscules de rigueur ? Voilà une belle frontière qui vient secouer le cocotier de ma libre concurrence.

J’ai une pirouette dans mon sac mais elle n’est que pirouette. Pourtant elle mérite un peu de considération et ne doit pas être méprisée. Pourquoi n’y aurait-il point de libre concurrence entre les Sociétés ? Je te le demande, la terre entière est peuplée de Sociétés diverses, toutes soumises aux mêmes obligations de survie qui leur imposent des règles de solidarité. Ces règles nécessaires ne sont pas toujours du même acabit et certaines nous paraîtront archaïques, injustes, totalitaires, insupportables, au nom de nos valeurs, en supposant que nos valeurs tant vantées jusqu’à l’ânonnement soient bien celles qui fondent notre Société et rien n’est moins sûr.

Il ne s’agit donc pas de recueillir le monde entier, mais de nous garder de nos propres certitudes. La misère qui débarque provient de la destruction des Sociétés autres, dont nous sommes nous-mêmes les premiers fautifs, non pour avoir personnellement contribué à cette destruction, mais pour être simplement bénéficiaires de ces destructions, ignorants et impuissants certes mais bénéficiaires.

Il y aurait tant à dire aussi sur la question de la faute et de la punition, dans ce cas. Un jour, Loth.

à suivre.

Posté par andremriviere à 23:41 - CH.22 - MONEY JUNGLE - Commentaires [8] - Permalien [#]

dimanche 7 septembre 2008

22.8 - Les frontières.

Cent vingtième jour.


Il est temps de changer de journée. Le moine n’a pas fini d’errer et je crois bien qu’il s’est perdu en chemin. Voilà des mois qu’il traîne dans cent dix-neuf ce que plus rien ne justifie, même s’il pense n’avoir pas tout dit dans son unité de temps. Je décide qu’il lui faut accepter que demain il a fait jour et qu’il peut continuer sans attendre le bout de sa nuit.

 

« T’as pas t’as pas t’as pas tout dit t’as pas tout dit à ta doudou t’as des doutes et tu dis pas tout et c’est toi qui l’a dans l’dos! ».

à suivre.

Posté par andremriviere à 23:46 - CH.22 - MONEY JUNGLE - Commentaires [3] - Permalien [#]
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