samedi 4 juillet 2009
22.12 - #1 Mais où est-elle ?
La concurrence, où est-elle ? L’aurait-il oubliée, dans ses éclats de réhabilitation désenchantée ? Je crois qu’il n’a rien laissé en route et que sa besace s’est au contraire enrichie en arpentant le terrain du trottoir. Elle n’était pas sortie en douce pour mieux entrer par la fenêtre, elle est là, bien sage, elle attend son heure d’entrer dans la comparaison, de devenir à son tour image, représentation, comparaison, présentation, métaphore.
Cent-vingt-quatrième jour.
Et la concurrence non-faussée, l’aurais-je laissée en chemin ? Où est-elle dans mes affaires de prostituées, dans mes questions sur le travail de chacun, sur le sens du travail ? Qui suis-je pour en parler, moi qui me contente d’explications obscures à des touristes de passage qui ne m’ont rien fait et qui pourtant me laisseront de quoi boire mon café en bas et parfois d’aller faire un tour chez mes amis vignerons, ou à la grande ville coupée en deux.
Je vois bien se dessiner le reproche qu’on me fait : insidieusement, je transmets l’idée que la concurrence entre individus est bonne. Or quoi de pire que celle-ci, faire se dresser les uns contre les autres tous les damnés de la terre pour le plus grand profit des profiteurs. Je pourrais vous dire que vous avez mal lu, que votre aveuglement ne parvient pas à séparer le bon grain de l’ivraie, à voir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, à trouver où mes garde-fous fonctionnent et, justement, empêchent ce que vous me reprochez de valider.
Non, vous êtes grands, vous trouverez bien tous seuls les pâtes qu’il faut modeler dans mon discours, et les indispensables précautions sans lesquelles en effet rien ne vaut. Si vous ne le trouvez pas, j’aurai écrit pour rien, de toutes façon, n’est-ce-pas déjà pour rien que j’écris ?
Je m’inquiète trop de cette question là, qui est une mauvaise question. Elle ne peut avoir de réponse et la seule raison en est que ne pas écrire est encore plus inutile. Vieille antienne, je vous la ressers, réchauffée et molle comme un pain sous plastique. Je me la ressers surtout, pour repartir d’un bon pied repartir, reprendre la route sinueuse et malaisée, rêver d’arrivée alors qu’il n’y aura jamais de fin, le cauchemar du montagnard qui à chaque crête voit se dresser devant lui une autre crête plus haute encore, comme seul paysage offert à son effort.
à suivre
Commentaires
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Le cauchemar du montagnard ? il sait, il connaît ; en est-il de même pour un citadin ? comme il ne sait pas, il avance (des hypothèses).
