mardi 27 octobre 2009
22.15 - MONSIEUR NOBEL. #2 : Le trublion de ces dames.
Cent-vingt-septième jour (suite).
La pure spéculation mentale fatigue et les plus beaux concepts s’écrasent dans le quotidien, dans la glaise, dans le trivial ; ainsi nos meilleurs mathématiciens font des formules magnifiques et, lors de l’application numérique, tombent de leur haut devant la catastrophe pourtant inscrite dans le factoriel caché. Ils se sauvent, nient leur rôle, il n’y a plus personne. Ils ignoraient que ces formules étaient aussi meurtrières qu’un dommage collatéral.
J’ai lu des trucs sur le microcrédit, j’en ai entendu causer. Voilà ma culture. Comme en matière de douze cylindres dont je reconnais le chant et l’odeur, je saisis au passage ce qui m’a semblé bon à saisir. Il est question de prêter aux pauvres, rien que ce début m’intrigue, depuis quand prête-t-on aux pauvres ? Depuis qu’on a constaté qu’on ne trouvait pas de remède à la pauvreté, peut-être, non ?
Alors poursuivons, la piste semble intéressante.
Alors on prête aux pauvres plutôt qu’aux riches, aux femmes plutôt qu’aux hommes, des sommes ridicules pour des projets infimes à des taux dérisoires. Ce début m’enchante, il ressemble à un coin de ciel bleu dans la tempête incessante. Je ne suis qu’un moine qui vis d’oboles, qui ne vois pas plus loin que le café d’en bas, ni plus haut que mon ami vigneron. Je n’ai rien lu des théories du monsieur, je n’en connais que ce qu’on m’a dit de ses résultats.
On le rembourse rubis sur l’ongle, il ne connaît pas de crise financière, et ses débiteurs sont presque heureux, presque, je ne voudrais pas sombrer dans l’angélisme. Ils toujours pauvres, mais désormais ils savent qu’ils seront encore en vie la semaine prochaine grâce à leur projet infime, au lieu d’attendre la mort qui rôde sous les pas des exploiteurs, des exproprieurs, des aménageurs, de déforesteurs, des assécheurs. Le système fonctionne et va ainsi me servir d’exemple.
.
Commentaires
C'est au point du microcrédit que le titre du chapitre prend tout son sens.
