LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

vendredi 21 janvier 2011

23.13 - Les promontoires #1.

J’ai la bizarre impression que le moine cherche à construire un nouvel universalisme, à se le construire, comme pour se rassurer. Diantre, qui va l’arrêter ? Ne serait-il pas déjà trop loin, sur ses terres isolées, dans sa forêt de cèdres, avec ses bouteilles à la mer et ses histoires déjà écrites cachées sous la dalle dans la chapelle ? Oubliant Platon, sa Vérité supérieure inaccessible et tous les idolâtres qui se sont engouffrés à sa suite, oubliant Sénèque et Cicéron, grands donneurs de leçons et tous les Khalifes qui nous les ont resservis à la moindre incartade, oubliant l’amer Jean-Jacques, sa dame Nature et tous les bons sauvages d’où nous n’aurions fait que régresser à l’en croire, le voilà qui s’écarte de sa souche forestière et, souriant à Epicure, m’annonce que le relativisme frugal pourrait bien déboucher sur un de ces horizons dégagés dont il rêve, un horizon cosmique, total, unique, universel en somme.


1. Cent-quarante-et-unième jour. La mamelle du philosophe.

Le Moine a écrit le mot philosophie.

Philosophie, j’ai dit philosophie. Arrive toujours un moment où il ne faut pas avoir peur de ce qu’on prétend faire ni être. Je prétends écrire ici de la philosophie, assis sur ma souche forestière. Et si le lieu commun me guette et me noie, je ferai de la philosophie de lieu commun, et je toucherai ainsi sans le vouloir à l’universalité du comptoir, dans notre limite commune.

Reprenons.

Je suis mammifère, fils de mammifère, et cette expérience là est commune à tous. Tous les mammifères, s’entend. Je suis fils de l’homme, et j’ai cela en commun avec tous les fils de l’homme, je suis l’animal homme. Je partage cette condition avec le cavalier des steppes mongoles, avec la fillette soudanaise, avec le laid traideur de Londres, avec le bourreau des camps. Et je dis qu’est universel ce qui nous lie ainsi. Il n’est point de climat si différent qui nous retirerait cette communauté là, ce lien là, cette ressemblance, cette destinée commune. La destinée de l’espèce humaine.

Il n’est pas besoin de recourir à je ne sais quelle divinité, à quelque éther que ce soit, à une mixture primordiale où baigneraient les âmes avant de tomber en chair mortelle, pour se sentir poussé dans les reins par cette vérité indubitable : nous sommes un petit cent-milliardième de l’espèce humaine de tous les temps depuis que le temps nous est compté, nous ne sommes pas plus mais nous ne sommes pas moins et l’humanité si nous n’étions pas en serait diminuée.

Comme la peau de chagrin, l'universalité que je réclame se réduit à notre condition humaine et c’est la seule universalité qui m’intéresse, en quelque sorte l’universalité réduite aux acquêts. Nous sommes hommes parce que nés d’hommes, espèce animale dont la seule originalité dans le monde animal, qui ne relève d’aucune supériorité que ce soit, est que moi qui écris et toi qui me lis en faisons tous deux partie. Elle en est de ce fait ontologiquement différente des autres, unique, essentielle. Point de monde sensible ni de monde intelligible, ils sont tous deux même monde, ou plutôt tous deux sont parties d’une multitude de mondes et de cités dont nous sommes. Je ne changerai d’avis que le jour où je serai lu par un chat et par un ver de terre, qu’ils comprendront, et que je comprendrai ce qu’ils comprendront.

Posté par andremriviere à 23:50 - CH.23 - EVIDENCE. - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur 23.13 - Les promontoires #1.

    Je serai morte depuis longtemps

    A mon humble avis le chien y arrivera avant le chat, tout comme le dauphin avant le ver de terre notre voisin le plus immédiat (par rapport au dauphin)

    Posté par Marie, samedi 22 janvier 2011 à 11:45 | | Répondre
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