LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

samedi 5 novembre 2016

107 - Troisième jour : enfin Diogène #2

2. Le pavillon d’ivoire.


Il est de bon ton, pour qui se veut grand penseur, grand révolté, poète maudit, et sage méconnu, de se draper ostensiblement dans une misanthropie grandiose méprisant toute forme de société organisée. Je veux ici être clair : il faut balayer cette tentation, qui relève de la posture et, risquons le mot, du cynisme. Il y a une nécessité ontologique humaine à vivre en groupe, quel que soit le nom que je donnerais à ce groupe. Le grand Diogène et ses petits imitateurs peuvent vitupérer tant qu’ils veulent du fond de leurs tonneaux et autres refuges, l’humanité n’a que faire d’eux et de leur « Splendid Yslment ».

Justement, voici un de ces émules. Je m’en vais l’examiner, le suivre dans ses gesticulations, je le connais mieux qu’il ne croit. Notre ci-devant penseur veut être remarqué, il ménage ses effets et prend soin de cracher visiblement sur la société où nous vivons, cette société où vivent tous ceux qui le voient, et il crache avec application sur nous autres, nous tous qui peu ou prou en acceptent les lois pour y vivre. Puis il se retire en grande pompe, tour d’ivoire inconfortable, forcément inconfortable, délicieusement inconfortable, d’où il peut à loisir se proclamer libre.

Je l'observe : il se complaît dans la délectation que donne un vague sentiment de supériorité sur la masse des terriens entassés dans leurs clapiers. Je vois bien comme il méprise le réflexe grégaire, comme il dit. Notre homme a su garder la liberté de son refuge austère. Il ne craint pas de nous le montrer, ce refuge signe de sa gloire, dont l’austérité revendiquée appelle notre admiration mais il ne faut pas trop le répéter, ce serait irrespectueux pour ce penseur supérieur. D’ailleurs, il le dit lui-même, il y fait froid, preuve s’il en fallait de son héroïsme et de la méchanceté du monde.

Par soubresauts et de peur qu’on l’oublie il revient sur la place publique, il recommence son imprécation avec force points d’exclamation. Il a même du talent, le bougre. Puis il se retire plus ostensiblement encore, une sorte de coïtus-interruptus. Les braves gens qui l’écoutent sont saisis d’une ferveur étrange, hésitant entre l’admiration incrédule et l’apitoiement médical. Hésitant entre l’envie de se retirer à leur tour, disciples du disciple, les gens sont si méchants bienvenue dans ma tour d’ivoire, et celle de soigner le pauvre souffreteux misanthrope. Faut-il le soigner, faut-il le suivre, ou bien faut-il le combattre ?

Je le combats.

à suivre #3

Posté par andremriviere à 01:19 - 103 - CH.01 . Played Twice - Commentaires [0] - Permalien [#]

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