LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

mercredi 22 mars 2017

119 - Dixième jour : Le caillou


Doit-on laisser l’enfant s’enfermer sur un caillou dérisoire ou lui ouvrir les yeux sur l’univers, les vignes au loin sur les crêtes, les oliviers et le blé de la plaine, les guerres qui coupent routes et champs, le soleil si chaud et les étoiles si loin, Copernic et Andromède ? En moine consciencieux, je m’assoie à ma table et je m’apprête à disserter doctement. Que peut un caillou contre l’Education ?

J’aurais pu donner raison au caillou. Paradoxe et provocation. Éros plutôt que Thanatos. Je ne rigole pas avec l’éducation et je vais discourir de l’inné et de l’acquis, du souhaitable et du possible, des pères et des filles, de la survie de l’espèce et de l’immortalité. Vaste programme dont je ne viendrai pas à bout. Je suis au moins certain de cet échec annoncé mais d’avoir commencé, et aussi de ne jamais finir en équilibriste du juste milieu : je déteste le juste milieu, l’entonnoir de tous les compromis, de tous les malentendus, de tous les non-dits. Je vais plutôt entraîner tous les contraires dans la bouillie du précipice, là où ne sont que grincements d’inconciliables, terreau lugubre d’où germeront mes fleurs.

Je suis assis à ma table de travail et je me dis que mon ambition me perdra. Voilà six mille ans qu’on a inventé l’écriture pour toutes ces choses que j’ai annoncées dans un geste auguste de semeur. A peine semées, je vois pousser d’obscures forêts entremêlées de lianes vénéneuses. Depuis six mille ans, pas une ligne ne s’est écrite qui s’écarte de ces sujets.

Me voici, moine Théolone, qui prétend échapper à la malédiction, qui prétend résoudre l’énigme du caillou et de l’univers. Bon, par quoi commencer ?


Forcément, la peur de la mort.

Posté par andremriviere à 22:16 - 114 - CH.02 . A quoi rêvent les moines - Commentaires [0] - Permalien [#]

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