LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

mardi 2 janvier 2018

131 - CHAPITRE QUATRIEME . LA JUSTICE ET LE GIGOLO (Quinzième jour)

Quinzième jour : Les silences

De l’influence de la peur de la mort sur l’oppression de la femme par l’homme.

Je n’arrive pas à comprendre comment l’humanité en est arrivée là qu’une moitié d’elle-même réduise à ce point son autre moitié. Je vais tenter d’élucubrer là-dessus, en tâtonnant en m’étonnant, et cette élucubration pour y voir clair n’est pas pire qu’une autre.

Comment se fait-il qu’aucune femme pendant si longtemps ne se soit vraiment révoltée, ni qu’aucun homme n’ait fini par avoir honte ? Vous allez m’en trouver, des femmes qui se sont étonnées, des femmes qui montent la garde, bien sûr, des figures de proue depuis deux siècles, quelques illuminées depuis deux mille ans qu’on s’est empressé d’assassiner, d’Hypatie à Olympe ; mais a-t-on jamais vu quelque part dans l’Histoire se révolter massivement femmes en colère et hommes lucides contre ce scandale universel ? Car la seule universalité qui tienne est celle du scandale de la domination. Si j’oublie quelques frémissements depuis cinquante ans, je vois un immense tchadri qui recouvre le monde.

Alors un doute me saisit. Il y a un discours nauséeux qui revient sans cesse, serait-il donc vrai ? Je tente de le placer là, ce discours, au risque de lui donner de l’importance. Mais il en a, de l’importance, et c’est bien là que le bât blesse, alors qu’il ne se rengorge pas trop vite, il faut le répéter pour mieux le dénoncer : selon ceux qui le profèrent ce serait l’ordre des choses, la pente naturelle de l’espèce, sa logique propre, sa condition humaine, et ne parlons même pas de je ne sais quel dieu ; l’universalité qu’on observe en serait la preuve irréfutable. Voilà c’est dit et je ne peux m’y résoudre, je ne peux accepter la violence qu’on me fait en argumentant de la sorte. J’y reviendrai certainement car ces prétendues évidences naturelles ne me plaisent pas ni bien sûr les preuves avancées. J’espère seulement que ce que j’ai déjà écrit servira.

Comment pourrais-je imaginer un complot si vaste, une complicité si secrète et si répandue, où les femmes elles-mêmes se prêtent au jeu de leur déchéance ? Ainsi, l’éternité leur est si bien accordée que peu importe leur réalité quotidienne ; l’essentiel leur est acquis. Voilà ce qu’on me murmure, voilà ce à quoi je devrais me résoudre. Objection. L’éternité que promet l’enfantement est un leurre, tout comme est leurre la certitude de la petite graine. Elle est simple apparence, elle est le masque de la réalité, elle est le voile. La réalité est autrement plus difficile qu’une certitude métaphysique, la réalité compte bien plus que la certitude métaphysique. On n’a pas à sacrifier celle-là à celle-ci.

Je dois évoquer aussi la femme stérile et la femme hostile, dont la seule existence suffit à détruire l’argument procréateur ; qu’elles n’aient pas d’enfant par refus ou pathologie ne les rend pas moins femmes, et je dois détruire la simagrée de l’instinct maternel ; pourquoi seraient-elles enchaînées à cet instinct obligatoire décrété par l’homme ? Je dois balayer tous les lieux communs qui occupent le terrain, et ne garder ici que les deux seuls qui vaillent, la mort et la naissance.

J’aimerais bien découvrir et expliquer comment s’affranchir de ce combat absurde où l’homme impose sa loi jusqu’au plus profond du langage, et donner les règles qui sauvent. Pauvre de moine, tranquille auprès de ma chapelle bariolée, quelle mouche me pique de m’interposer ainsi, qui ne sais pas m’occuper des miens et qui suis le premier à profiter de la domination. Moine, je n’en suis pas moins homme et cette injustice qui me permet insidieusement d’en profiter, de petit détail en petit détail, fait de moi ce que nous sommes tous, des gigolos.

Une civilisation de gigolos.

Regarde donc tes hirondelles, a dit l’archange, soigne tes cerisiers et tes icônes précieuses, et joue seul ta mélodie. Tu peux même garder le silence, plaquer tes silences sur le bruit, il en est qui t’ont rendu célèbre.

Tu as raison, mon cher ange. Pourtant, mes silences ne sont célèbres que par ce qui les sépare, mes voix, mes notes, ma musique, ma parole. Laisse-moi donc à mon discours je te prie, il rendra plus magique le moment où je me tairai.

Posté par andremriviere à 23:42 - 131 - CH.04 . La justice et le gigolo - Commentaires [0] - Permalien [#]

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