LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

jeudi 21 février 2019

301 - CHAPITRE NEUVIEME . De mauvaise humeur (Trente neuvième jour)

Trente-neuvième jour.  #1/3 Il faudrait tout recommencer.

Je suis loin d’en avoir fini avec cette histoire de père et de mère. De longues années séparent la mise en bouteille de l’ivresse. Ce que je raconte, moi Théolone, sur la grossesse et la naissance sont des prémisses, des débuts, des origines. Peut-on parler de père et de mère à ce moment-là, vraiment ? L’homme qui a mis la graine, est-il père ? Il va le plus souvent décider à ce moment-là de le devenir, il l’a déjà décidé depuis longtemps dans sa tête et devant tout le monde, c’est entendu, mais il ne l’est pas, pas encore.

Il commence tout juste à l’être. Il a engendré, un point c’est tout, tout reste à faire, le père et le fils, le père et la fille. On est au point zéro de la filiation. Les gènes, les acides aminés, les hélices et les chromosomes ne sont rien sans l’apprentissage que le père et son enfant vont faire de leur lien, sans les dix, quinze, vingt années qui viennent. Il arrive hélas que rien ne se passe, et les acides aminés n’y changeront rien.

Et si pour la mère il existe peut-être un lien plus animalement immédiat, tout l’apprentissage de la filiation reste à faire aussi. Alors qu’on ne pense plus père et mère comme flammes divines descendant du ciel. C’est un parcours, ce n’est en aucun cas et ce ne sera jamais un état préalable.

C’est mon jeu préféré de m’embrouiller un peu les fiches, de les jeter à l’eau sans ordre apparent. Remonter le temps. Après tout, il ne fallait pas faire à ce point confiance aux courants marins. Je vais reprendre mes anciennes collections oubliées dans le tiroir. Est-ce si important, le temps qui passe, pour ce qu’il me raconte et me permet de raconter ?

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Automne 2002. Je suis tranquille dans ma chapelle. Je vais pouvoir écrire sur tout et sur rien, plutôt sur rien, tiens. Je suis de mauvaise humeur, une humeur de moine. Laxisme ou sévérité ne sont pas de mise ici. Pourtant la question agite les esprits dans la plaine à mes pieds. Je conçois qu’on ne vit pas si l’on doit se faire égorger à chaque coin de rue. Alors voilà, je vais tenter d’aborder la question, et d’abord dire ce qui ne me convient pas, le roulement des mécaniques.

Voilà plus de trois ans que tous les six mois je noircis deux pages de carnets de pensées définitives et de théories stupéfiantes. Je m’étonne surtout de ne pas me trouver plus ridicule que je ne suis. Je change un mot ici ou là quand par hasard je me relis ou quand je retranscris le crayon sur un écran ; je retourne une tournure, je calme un délire ou je l’aggrave, je tais une dissonance, mais mes idées je les garde. La femme, l’homme, l’enfant, l’adoption, Dieu, l’éternité, la mort. Je les garde comme je les ai faites.

Plus que jamais je désire rétrécir ma retraite ; ma petite chapelle enfumée est encore trop vaste et je vais rapprocher la clôture. A quoi bon les grands espaces, les plateaux arides coupés de gorges inaccessibles ; à quoi bon jeter d’immenses passerelles sur les abîmes vertigineux ? La poussière reste et gagne, toujours, elle danse dans la lumière tant qu’il y aura de la lumière.

Je croyais gagner de l’éternité en écrivant. J’ai dû gagner quelques jours de survie et mes idées se noient dans mon verre d'eau. Désormais, le haut du pavé m’écrase de certitudes. Il existe à Sienne un tableau sur la bonne gouvernance et sur la mauvaise gouvernance ; il ne dit pas ce qu’est la gouvernance sommaire, la flatterie de l’instinct, la facilité immédiate, l’appétit de plaire, le contentement de soi, les ravages de Lapalisse.

Tartarin de Tarascon est le chef de la police, malheur à qui regarde la mobylette de son voisin mais honneur aux voleurs intouchables en lambris dorés ; je ne peux plus continuer à ruminer ma rage et mon impuissance face à ce spectacle de déjà vu. Je sais qu’il faut les dire, mais je sais qu’elles ne partiront pas. Semer sans relâche, un brin fragile poussera peut-être.

Si tu ne sèmes pas, rien ne poussera.

Posté par andremriviere à 00:25 - 301 - CH.09 . De mauvaise humeur - Commentaires [0] - Permalien [#]

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