LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

mardi 12 mars 2019

303 - Quarantième jour . #1/4 De la politique de sécurité

             #1/4  L’ordre moral est de retour

On m’abreuve de théories au sujet de l’insécurité, c’est le mot qu’ils utilisent. Grands débats montés en épingle selon une savante dramaturgie, avec à ma gauche, par exemple, ceux qui sont accusés de négligence coupable, et à ma droite les agitateurs de chiffons rouges. Très loin à ma droite, et un peu plus bas. Mais de quoi parle-t-on, au juste ?

Insécurité, risque zéro, ces formules abondent à chaque coin de rue, de bistrot, d’écran. Faut-il reprendre le vieux débat sur ce qu’on est prêt à sacrifier pour une tranquillité de façade. Et qui doit-on avoir à l’œil ? Celui-ci qui, bien au chaud dans son véhicule dernier cri pourrait tuer pour une rayure ou un geste malveillant, et ne serait-ce pas moi, ce danger potentiel, ou toi, ou toi ? Savons-nous de quoi nous serions capables sur une colère soudaine ?

Ou bien faut-il surveiller celui-là, encore enfant dans son crâne que personne n’a jamais regardé et qui soudain veut exister ? C’est trop tard, il faudrait l’enfermer avant qu’il n’agisse comme on le voit faire dans les romans effrayants des futurs. Comment savoir s’il va agir vraiment, mal agir s’entend, et faut-il enfermer tous ceux qu’on suspecte de pouvoir agir, et qui pourra échapper alors à la suspicion de nous tous, parce que nous tous nous avons quelque chose de Tennessee ? Qui va-t-on montrer du doigt ? La réponse sera simple, ce ne sera pas nous, bonnes gens bien comme il faut, ce sera l’enfant turbulent bien sûr, l’enfant perdu trop facile à désigner, trop haïssable sans réfléchir, trop « irrécupérable ». Inutile de prétendre lui tendre la main, tout le monde te le dira, il va la mordre, alors raison de plus. Je sais bien que je ne lui tendrai pas la main, ni aux parents qui n’ont pas vu qu’ils n’existaient plus dans ce monde que nous prétendons nôtre.

Je ne saurai jamais tendre la main à ces gens, parce que la bonne volonté ne suffit plus désormais, un barrage trop haut est levé, je veux une compétence qui le fera mieux que moi. C’est une affaire de temps, de patience, de compétence et rien n’est gagné, mais je demande à ce monde que je crois mien de trouver ce temps, cette patience, cette compétence, et si cela doit me coûter je veux bien. A force de rejeter, dans ce monde qui est mien, plus rien ne devient possible sans un effort surhumain que je ne sais plus accomplir, et mon désir de Société se heurte à la double hostilité de mon monde qui me tient par les basques et de ces gens-là qu’on a jeté sur le côté, le fils turbulent et ses parents débordés et tout le petit peuple autour d’eux qui ne veulent pas que j’approche, qui m’attendent au tournant, qui voient bien que je ne sais que faire, assis que je suis bien confortable sur ma chaise.

Alors faute de mieux je montrerai du doigt ceux qui ont rejeté le père parce qu’ils n’avaient plus besoin de son travail, ceux qui ont fermé la gare la poste et l’école de ce recoin de ville où vivaient ce père, cette mère, cet enfant et qui lui donnaient un air de coin du monde, je montrerai du doigt le guichetier qui a refusé la carte de séjour tout fier de son pouvoir de guichetier, au nom d’une règle que personne ne lui demandait d’appliquer. Je montrerai du doigt le comptable qui dresse les listes de qui garder et qui rejeter, numéro après numéro, et qui se targue de gestion au gré des courbes et des déliés. Je n’ai rien contre les comptables, mais j’aimerais qu’ils sachent les flots de sang et les livres de chair qui se cachent derrière leurs chiffres, j’aimerais qu’ils découvrent que leurs chiffres ne sont pas leur monde ni le mien.

Qui fait donc l’insécurité chez nous, qui est le coupable et qui est la victime ? Faut-il en parler, des victimes ?

à suivre #2/4

Posté par andremriviere à 00:15 - 301 - CH.09 . De mauvaise humeur - Commentaires [0] - Permalien [#]

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