LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

samedi 1 février 2020

319 - Intermezzo : Ta mère

TA MERE

 

De quoi parlions-nous la dernière fois ? De ta mère. Parlons-en, de ta mère. Tu la veux toute à toi et ma prétention à m’occuper d’elle ne serait-ce qu’en pensée t’insupporte. Tu me lis et l’envie de jeter mon papier au feu te démange. Il faut pourtant me lire. Je n’ai aucune mauvaise intention ni d’ailleurs aucune de ces bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Ce qui me lie à ta mère te dépasse, me dépasse, nous dépasse tous et ne s’achèvera qu’à ma mort, et encore peut-être bien plus tard. Alors laisse nous régler nos affaires entre nous, ce ne sont pas les tiennes, ou plutôt ce ne sont les tiennes que parce que ce sont d’abord les nôtres, à elle et moi, et que fatalement nos affaires deviendront un peu les tiennes.

Tu as tout à gagner à me lire, à commencer par ta propre liberté. Tu ne peux pas rejeter sans savoir, sans attendre, sans entendre. Ce pourrait être ma première leçon si j’étais un donneur de leçons et si je prétendais t’enseigner tous les gestes de ta vie. Tu le sais bien, je n’enseigne rien du tout et mon rêve aurait été juste que tu me regarde pour me prendre ce qui t’aurait arrangé. Cette lecture est seulement un petit travail pratique, un petit entraînement, pour toute la suite. Savoir, attendre, entendre. Tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Faire sept fois le tour des murailles de Jéricho. Sagesse populaire et patience de l’esprit. Je te demande d’accepter au moins à titre provisoire cette petite morale simpliste et de m’accorder le temps de la lecture.

Déjà arrivée à ce point, tu peux bien continuer, tous les livres ont une fin.

Tu feras ce que tu veux du tas de mots que je déverse devant toi, un château de sable, un château de cartes, un château en Espagne, une ruine. Sortie de la morale de quat’ sous, tu n’auras aucune directive à suivre. Je ne prétends pas dicter ta vie, elle est comme tu la vivras, comme tu pourras, au milieu des tempêtes et des étiages. Face à elle et pour elle, dans toute la moisson que tu as glanée depuis ta naissance il y a un peu de moi. Il aurait pu y en avoir davantage, mais tu n’en as pas voulu et me voici comme un branque avec mes briques et mes bras. Alors je t’invite à y ajouter ce que tu lis de moi.

Je m’en voudrais de ne pas l’écrire, je ne peux pas ne pas l’écrire. Tu m’en voudrais de ne pas l’avoir écrit quelle que soit ta réticence présente, tu sais bien qu’il ne peut en être autrement. Il faut que je réussisse à te parler de ta mère, et à travers toi il faut que je lui parle, puisqu’elle ne peut pas m’entendre autrement. Je ne savais pas que ce serait si difficile.

 

 

Posté par andremriviere à 00:16 - 317 - CH.11 . Mélodie en sous-sol - Commentaires [0] - Permalien [#]

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