mercredi 6 juillet 2005
CHAPITRE TROISIEME. 3.1 - Reproduire.
Petite radicelle têtue.
3.1. Neuvième jour.
Juillet 2001. Dans la grande marelle des idées, certains musiciens savent sauter à pieds joints d’une majeure à un mineur ; on peut à l’infini concevoir des variations et des fugues sur l’ambiguïté de ces deux mots, du sens commun au sens légal, de la mélodie au sous-sol, du détournement au désaccord.
Je n’ai pas cette souplesse-là. Je suis saisi du bonheur d’être grand-père, de quel droit l’aurait-on un jour interdit aux moines, et je ne me débarrasse pas si facilement de l’entrelac qui l’accompagne. Du haut de ma butte, un peu alangui de chaleur et confortablement installé, je n’ai aucun mal à imaginer à qui appartient le monde à mes pieds. Mais voilà, moi Théolone le moine, je sais bien qu’il ne faut pas écraser la belle enfant sous trop de richesses, fût-ce le monde entier, qu’il ne faut pas lui faire porter tout le fardeau de mes rêves d’éternité.
Le monde lui appartient en effet, cette terre où je vis, la plaine et la montagne, la capitale, la ligne, l’île schizophrène. Mais il est vrai aussi qu’elle n’en saisira peut-être qu’un arpent, qu’une poignée, qu’un caillou, comme aujourd’hui elle se baisse pour prendre délicatement un petit gravier de la cour de son immeuble ou du jardin des plantes. Il lui a fallu bien des millions d’années à ce gravier pour exister ainsi dans sa menotte, il est devenu le gravier le plus important de la création, et peu importe que moi le moine savant je puisse raconter son histoire calcaire ou siliceuse, le crustacé initial, les coulées d’acides en fusion. Peu importe que mes rêves de moine se gonflent dans le vent, elle a décidé que sa vie pendant quelques minutes était ce caillou, et mes rêves n’existent plus.
à suivre.
jeudi 7 juillet 2005
3.2. Radicelle têtue.
3.2. Dixième jour.
Doit-on laisser l’enfant s’enfermer sur un caillou ridicule ou lui ouvrir les yeux sur l’univers, les vignes au loin sur les crêtes, les oliviers et le blé de la plaine, les guerres des hommes qui coupent les routes et les champs, le soleil si chaud et les étoiles si loin, Copernic et Andromède ?
En moine consciencieux, je m’assoie à ma table et je m’apprête à disserter doctement. Que peut un caillou contre l’Education, avec un œuf majuscule ?
N’attendez pas que vienne la réponse facile qui donne raison au caillou. Je m’appelle Théolone et je suis moine et je ne rigole pas avec l’éducation. Je vais donc vous entretenir de l’inné et de l’acquis, du souhaitable et du possible, des pères et des filles, d’Eros et de Thanatos, de la survie de l’espèce et de l’immortalité. Non mais sans blague.
N’attendez pas non plus que je finisse en équilibriste du juste milieu, je vais en traîner tous ces contraires dans la bouillie du précipice, là où ne sont que grincements d’inconciliables.
Je suis assis à ma table de travail et je me dis que mon ambition me perdra. Voilà six mille ans qu’on a inventé l’écriture pour disserter sur toutes ces choses que j’ai annoncées dans un grand geste, le geste auguste du semeur. A peine semées, je vois pousser d’obscures forêts impénétrables entremêlées de lianes vénéneuses. Depuis six mille ans, pas une ligne ne s’est écrite qui s’écarte de ces sujets, sans jamais apporter la moindre lumière.
Me voici, moine Théolone, qui prétend échapper à la malédiction, qui prétend résoudre l’énigme du caillou et de l’univers.
Bon, par quoi commencer ? Au hasard, la peur de la mort.
(à suivre)
vendredi 8 juillet 2005
3.3. Petite radicelle têtue.
Onzième jour.
J’ai peur de la mort. Terrifié, anéanti rien que d’y penser, je sais que je vais mourir et je ne sais même pas quand, et je suis le quatre-vingt cinq milliardième humain à qui cette aventure arrive. Je ne suis pas à un milliard près.
Voilà qui est dit. Que fait-on maintenant ? Que fait-on, où va-t’on ? La frénésie me saisira t’elle, tout faire tant qu’il est temps, mais n’est-il pas déjà trop tard, tout dire mais quoi, et penser à laisser les timbres bien rangés. Un jour, j’écrirai sur les timbres bien rangés. Ils ont à voir avec la mort. Mais auparavant, il faut songer à l’éternité. Elle est le seul moyen de vaincre la noire silhouette qui attend, dirait Lapalisse, et s’il ne l’a pas dit tant pis pour lui maintenant c’est trop tard.
Un jour, au fond de la grotte et tremblant de froid et de peur, un homme a découvert qu’il suffisait d’avoir des enfants pour devenir éternel. Il y avait longtemps que la femme savait et maligne elle se taisait, mais lui, trop occupé à jouer avec ses petits camarades, ne s’apercevait de rien. Par moments, il jouait un peu avec elle surtout les nuits de pleine lune quand il faisait si chaud et qu’on pouvait se deviner dans la lumière pâle, puis il repartait pour de nouvelles aventures.
Au retour, un homoncule braillard occupait le terrain, et peu à peu le poussait vers la sortie.
Par une illumination d’un soir d’orage, ou de neige je n’y étais pas alors je ne me souviens plus très bien, il découvrit que ce petit était lui et qu’il était son père, je veux dire que lui était devenu son père à lui, pas au petit, vous me suivez, non bien sûr. Enfin presque, et le presque suffira.
Le fils est devenu le père parce que le père a reconnu le fils, s’est reconnu en lui. Voilà tout. Il faudra qu’un jour le fils reconnaisse le père pour vivre, mais c’est une autre histoire. L’homme dans la grotte venait d’inventer l’éternité. Little rootie tootie. Ainsi fut-il nommé, le fils. Petite radicelle têtue. On peut imaginer cette trahison là des mots étranges. Plus personne n’eut besoin de pousser le père vers la sortie, il s’en est allé gaiement de lui-même parcourir les plaines ensoleillées, goûter les fruits de la sérénité, en laissant sa collection de timbres bien rangée.
Et si le fils avait été une fille, se demandèrent tout à coup les fauteurs de trouble. Bon, je vais me pencher sur les filles, sur les pères et les filles, sur l’homme et la femme. Je sens que je vais déplaire à tout le monde. Ce serait pourtant bien simple de dire que ce serait exactement la même chose, que l’enfant soit fils ou fille.
Il a fallu qu’on complique tout.
(à suivre - laissez moi un peu de temps, je ne retrouve plus ses papiers, au moine, et je dois récupérer ma tête)
jeudi 21 juillet 2005
3.4. Petite radicelle têtue #2.
3.4. Douzième jour.
4.a Je suis moine et je m’appelle Théolone. Je ne suis pas anthropologue, ni philosophe, ni linguiste, ni sociologue, ni sexologue, ni militant féministe, encore moins militant machiste à supposer que cette engeance existe, ni chien de garde, berger allemand, juif ukrainien, taliban, desperado.
Je ne suis donc absolument pas qualifié pour écrire sur les relations entre les hommes et les femmes et sur la condition féminine et sur le comportement masculin à travers les âges, à travers la géographie, les civilisations, les religions, et tout et tout. Je vais donc écrire là-dessus. Les savants qui me précèdent ont dit tant et tant et tant que je ne crains pas d’ajouter une goutte d’eau à la mer.
Mon premier est un postulat dont tout relève ; l’homme ne porte pas l’enfant qui va naître. Il s’agit bien sûr de l’homme masculin, je dis homme par commodité et parce que cette langue cultive cette ambiguïté. Entendons-nous bien, je dirai homme pour dire le masculin, et femme pour dire le féminin, Lapalisse n’aurait pas fait mieux. Et je serai embarrassé pour parler de tous, je trouverai bien, le moment venu, une solution. Quant au postulat, il est très mal présenté, il ne réside pas dans l’évidence biologique. Ne pas porter l’enfant, pour le mâle, est la moindre des non-choses. Il en est ainsi depuis que les mammifères gambadent dans nos prés.
4.b Mais il me fallait un tremplin.
Mon postulat est que cette évidence est une chance. Je la vis telle. On va me vanter les mérites de la grossesse, les joies de l’accouchement, l’exaltation de la maternité. Je laisse dire, moi je ne me vois pas traverser les neuf mois pour aboutir au cri primordial. Alors, dans ma petite lorgnette d’homme, c’est une chance.
Cette chance, l’homme l’a transformée en malédiction. Ce confort biologique, qui lui permet toutes les imprudences les soirs de vague à l’âme sans mettre en question le reste de sa vie, il l’a associé à un doute fondamental et définitif : il ne sera jamais certain d’être immortel. Et à ce moment précis commence la férocité : au lieu d’être beau joueur, l’homme n’a eu de cesse, une fois découvert son rôle procréateur, de déposséder la mère de son éternité à elle.
Les ruses des constructions sociales pour y parvenir sont innombrables ; je lis les livres d’histoire, je feuillette les journaux, j’entends la radio, je trouve un vieux grimoire où l’on parle de nos ancêtres grecs, syriens, persans, indiens ; je subis des conférences sur des sociétés englouties. Partout dans le monde, où que j’aille dans le temps et dans l’espace, tout autour de notre vieille planète essoufflée, je ne connais que domination de l’homme, ou tentatives de domination, mille stratégies de mise en dépendance et de soumission, parfois jusqu’à la négation d’être, un état de non-état.
Je ne suis pas venu ici pour stigmatiser les pratiques que l’on dit archaïques. Je ne vais pas jouer les donneurs de leçons à tel pays montagneux d’Asie ou à tel désert africain, bien qu’il faille sans cesse combattre les tentations et déjouer les ruses. Je connais la force et le danger de l’argument culturel, sa perversité, et je sais que le poids des traditions, loin d’être un lien social, permet de perpétuer des injustices insupportables en lui donnant une couleur honorable.
Il suffit de rester devant chez soi, devant sa porte, à son bureau, dans les rue de nos pays que l’on dit modernes pour voir comme la tradition pèse aussi de tout son poids, jusqu’en nous-mêmes.
4.c Il y a une effrayante universalité. Celle de la main mise de l’homme sur la vie de la femme. On trouvera certainement des tribus, des cultures, des pays, où ces comportements n’existent pas. Les anthropologues sauront m’en dénicher. Si on en trouve, ces paradis resteront isolés dans le grand concert du machisme ; et à coup sûr ils n’auront pas contribué à la construction du monde où je vis.
Ma grande île les ignore, et je vais donc les ignorer aussi. Ma lorgnette ne va pas au delà de la plaine partagée, et c’est elle qui m’intéresse.
Je vais tout de suite déclamer ce que l’homme de chez nous s’efforce d’imprégner dans les esprits, à commencer par le sien. Je vais le déclamer haut et fort, avec toute la lumière crue possible, pour être sûr de le reconnaître ensuite sous tous les déguisements que prendra le discours. Je suis moi aussi un homme et je ne suis pas certain d’échapper à l’imprégnation capillaire des résines néfastes.
Que disent-elles, les résines ? Elles disent que c’est universel parce que c’est la nature des choses, que c’est la nature des choses parce que c’est universel. Le discours tourne en rond, il se nourrit de sa propre évidence, et comme un cyclone il devient irréfutable. La femme accouche c’est naturel, elle nourrit les petits c’est naturel, l’homme chasse et pêche c’est naturel. Pourquoi vouloir aller contre l’ordre universel, contre le principe de vie ? Parce que bien sûr tout ceci procède du principe de vie, et tant qu’à dire, de Dieu.
Naturel, méfiez-vous du naturel, vous savez, celui qui revient si vite. Par conséquent, soudain la logique s’en mêle pour caser un par conséquent péremptoire, c’est naturel que l’homme soit plus fort, plus habile, plus intelligent. C’est naturel parce que c’est ainsi que survit l’espèce. L’homme ne se mêle pas de l’accouchement des femmes, pourquoi voudriez-vous que les femmes se mêlent du jeu des hommes, chasse, pêche, culture du blé, commander au bureau, présider les républiques.
4.d Voilà le discours. Nature et tradition. L’ai-je bien descendu ?
Il faudra le reconnaître partout, ce discours ; il est malin, il saura se parer des plumes du paon pour mieux séduire les adeptes de la nature, on ne sait pas laquelle mais on sait lesquels, il saura aussi s’appesantir à coup de gourdins ou de pierres pour mieux écraser quelques rebelles. Il saura même surgir sous mon crayon au moment où je croirai le dénoncer. Lisez-le, ce discours, vingt ou cent fois de suite, jusqu’à la nausée. Plus tard, nous serons alertés aux moindres effluves.
Mais alors, si ce n’est l’universalité de la nature ou de Dieu ce qui revient au même, quelle est-elle ? La seule universalité qui tienne à l’homme est la peur de la mort. Parce qu’il rit, parce qu’il parle, l’homme a peur de la mort, non celle qui approche et fait fuir tout ce qui respire, le feu ou le lion affamé, mais celle dont il sait qu’il n’y échappera pas, quoiqu’il fasse. Et l’homme ne peut supporter l’idée d’être à ce point dépendant de la femme pour gagner son éternité. Il n’aura de cesse d’inventer des simulacres, des contes à dormir debout, des stratégies alambiquées, pour se persuader que de lui seul dépend cette naissance, et il finit parfois par s’en persuader et par en persuader sa compagne. Les inventions les plus étonnantes ont été décrites par les anthropologues.
Pourtant, les civilisations naîtront le jour où cette dépendance acceptée deviendra le fondement de toute pensée ; j’en suis loin, nous en sommes loin. Combien de siècles de misères devrons-nous encore traverser ?
(à suivre)
mercredi 3 août 2005
3.5. Petite radicelle têtue #3.
3.5. Treizième jour.
La dépendance de l’homme, la porte de l’éternité, seule l’Amazone en a la clé. Il a beau la déclarer inhumaine et la repousser aux confins du Pont-Euxin quelque part entre Crimée et Tchétchénie, il a beau la conquérir elle et sa toison on pourrait en dire long sur cette toison féminine, il n’a jamais réussi à voler la clé.
Jason lui-même, trop facile vainqueur, s’est vu claquer la porte au nez par Médée la pure. Nous les hommes, nous pouvons quelquefois conquérir la toison ; nous ne devons jamais tenter de prendre la clé, sous peine de mort. Dans quelques siècles peut-être l’Amazone nous ouvrira à simple demande et nul ne songera un instant à forcer le passage ; de ce jour là nous ne prenons pas le chemin, mes amis, mes frères.
En attendant, chacun s’organise. L’homme et la femme se marient et se jurent fidélité, on devine que cette foi est le meilleur chemin vers l’éternité sans même devoir inventer une religion. L’athée et le croyant sont égaux devant cette foi là. L’enfant qui naît de ma femme, que tous ont vu sortir et moi aussi, pourtant si fragile à la vue du sang j’ai tenu le coup ce jour là, cet enfant est mien, a dit l’homme. Pourtant, de tous ceux qui ont vu l’enfant sortir et qui pourraient témoigner que la mère est la mère et que l’enfant est son enfant, lequel pourrait témoigner que le père est le père ? Personne.
Seule la mère va pouvoir témoigner et le dire : toi tu es le père, et seul le père devra croire et aimer, parce que seuls cet amour et cette foi vont le rendre père. L’histoire ne fait alors que commencer, par l’amour et par la foi. Il faudra encore que l’enfant vive et qu’un jour il adopte à son tour son père, pour que le père accède enfin à l’éternité.
L’homme a prétendu et prétend encore échapper à l’amour et à la foi nécessaires. Il s’est vu fermer la porte au nez par l’Amazone ; il pourra la charger de chaînes, l’enfermer au gynécée ou au harem, la recouvrir de pied en cap d’un tissu chatoyant, la payer moins pour un même travail, il ne trouvera jamais la bonne clé, la seule porte qui compte restera fermée.
Dans son combat, dans sa résistance farouche et irréductible, l’Amazone ne devra pas oublier qu’elle ne pourra jamais vaincre en tant qu’Amazone même si par moment il lui faut l’être, mais en tant que femme. Hélas, le mot homme désigne l’espèce tous genres confondus et ce mot est masculin, au lieu d’être seulement masculin et désigner seulement l’homme. J’aurais bien aimé qu’il existe un genre masculin-féminin, je n’ai pas dit neutre, pour désigner l’espèce humaine, une espèce d’homme par exemple, pour pouvoir enfin écrire avec le bon genre que la femme n’atteindra son but qu’en tant qu’homme.
Vous vous rendez compte du chemin qu’il reste à parcourir. Même le langage doit changer, la grammaire et ses pièges, les homonymes et leurs sous-entendus. L’Amazone me reprochera encore d’avoir inventé un genre masculin-féminin, que j’aurais tout aussi bien pu nomme féminin-masculin. Nous sommes incorrigibles. N’est-ce pas, Alonso ?
A suivre
mercredi 10 août 2005
3.6. Petite radicelle têtue (Fin).
3.6 Quatorzième jour.
Il a écrit quelque part le mot de fidélité. Que nul ne se méprenne, et qu’on ne lui prête pas d’intentions qu’il n’a pas. Moine, il sait ce qu’est une règle, il sait que les seules dignes de l’être sont celles auxquelles chacun daigne librement jour après jour se soumettre. Il n’appartient à personne d’imposer à celui-ci ou à celle-là une règle de fidélité, une obligation autre que celle qu’il se donnera.
La fidélité obligatoire, imposée, impérieuse, implacable, ne sera jamais un passeport pour l’éternité. La seule qui vaille est amour et foi. Que celui qui veut tirer mes propos vers l’obligation et la punition soit jeté dans les ténèbres extérieures où sont les pleurs et les grincements de dents.
L’homme a désigné l’enfant, il a dit cet enfant est mien. La femme a dit cet enfant est sien. A cet instant précis, il est le père de cet enfant. Honte à qui pourra ricaner en cachette ou bruyamment sous prétexte que l’enfant serait noir quand le père est blanc et la mère blanche, à qui jette le trouble et la zizanie ; le père restera le père, et tous les gènes du monde n’y pourront rien. Le législateur n’a plus qu’à légiférer, et sans se perdre dans un dédale de preuves et de vérifications il devra réfléchir à l’homme qui n’a rien dit ou à la femme qui a refusé de confirmer ; il devra trouver des réponses à ces questions-là. Mais lorsque l’une et l’autre ont parlé et désigné, nul ne peut plus casser le lien filial, refermer la porte.
A chaque naissance, tout est refaire. Qui ose encore parler de fidélité ?
Je ne peux imaginer d’autre chemin vers l’éternité, cette sorte d’adoption commune par le père et la mère, qu’elle se produise à la naissance ou longtemps après : un homme et une femme autour d’un enfant, nouveau né ou déjà grand, qui se rencontrent, qui s’unissent autour de lui, qui l’enveloppent de leur vie. Sans cela, aucune légitimité ne peut exister, et l’enfant va errer dans un monde sans foi ni loi et va devenir un ennemi de lui-même. Aucun ADN au monde ne pourra lui rendre le bercail perdu.
Une fois l’adoption prononcée, et point besoin de juge ni de témoin, le lien des parents et de l’enfant devient indissoluble, absolu, péremptoire, il est l’éternité gagnée.
L’enfant, lui, reste libre. La patience, l’amour, la chance, le temps surtout, permettront peut-être un jour qu’à son tour il adopte ses parents. Rien ne l’y oblige, c’est le prix que les parents doivent payer, le prix de l’éternité, le prix de l’égalité conquise de l’homme et de la femme face à l’enfantement. A ce moment là seulement, l’universelle peur aura disparu, celle de la mort, parce que l’universelle injustice, celle de l’homme contre la femme, aura aussi disparu.
Juillet 2001.
