MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

vendredi 12 août 2005

CHAPITRE QUATRIEME. 4.1 - Adopter.

Ugly beauty.

4.1.                       Quinzième jour.

Août 2001            De l’influence de la peur de la mort sur l’oppression de la femme par l’homme. J’ai honte d’avoir laisser se déployer une théorie pareille. D’ailleurs non, je n’ai pas honte. Finalement, il pourrait bien ne pas avoir entièrement tord, mon moine. Je n’arrive pas à comprendre comment l’humanité en est arrivée là, qu’une moitié d’elle-même réduise à ce point son autre moitié, alors cette élucubration n’est pas pire qu’une autre.

Comment se fait-il qu’aucune femme, pendant si longtemps, ne se soit vraiment révoltée, sans qu’aucun homme finisse par avoir honte, justement. Vous allez m’en trouver, des femmes qui se sont étonnées, des femmes qui montent la garde, bien sûr, des figures de proue depuis deux siècles, quelques illuminées depuis deux mille ans, qu’on s’est empressé de brûler ou de décapiter ; mais qui donc quelque part aurait bien pu massivement se révolter contre ce scandale universel dans l’histoire ? Si j’oublie quelques frémissements depuis cinquante ans, je vois un immense tchadri qui recouvre le monde.

Alors un doute me saisit. Le discours nauséeux serait-il donc vrai ? N’est-ce pas l’ordre des choses, la pente naturelle de l’espèce, sa logique propre, sa condition humaine ? Et l’universalité qu’on observe n’en est-elle pas une preuve irréfutable ? Je vous laisse à ces questions. J’y reviendrai peut-être, si je veux, ces questions ne me plaisent pas. Tant d’objections se pressent !

Comment pourrais-je imaginer un complot si vaste, une complicité si secrète et si répandue, où les femmes elles-mêmes se prêtent au jeu de leur déchéance ? Ainsi, l’éternité leur serait si bien accordée que peu importe l’apparence, peu importe la réalité quotidienne ; l’essentiel leur est acquis. Objection. L’apparence est bien plus que l’apparence, elle n’a que trop le masque de la réalité, la réalité du masque, du voile. La réalité est autrement plus difficile qu’une certitude métaphysique, et la réalité compte au moins autant que la certitude métaphysique. On n’a pas à sacrifier l’une à l’autre, le mystère demeure donc.

Je devrais évoquer aussi la femme stérile et la femme hostile ; je devrais détruire la simagrée de l’instinct maternel, pourquoi seraient-elles enchaînées à cet instinct obligatoire décrété par l’homme, je devrais échapper à la confusion des lieux communs avec les deux seuls lieux communs qui vaillent, la mort et la naissance, d’où surgit la repoussante beauté de la vie.

J’aimerais bien découvrir et expliquer comment s’affranchir de ce combat absurde où l’homme impose sa loi jusqu’au plus profond du langage, et donner les règles qui sauvent. Pauvre de moine, tranquille auprès de ma chapelle bariolée, quelle mouche me pique de m’interposer ainsi, qui ne sais pas m’occuper des miens et qui suis le premier à profiter de la domination.

Regarde donc tes hirondelles, a dit l’archange, soigne tes cerisiers et tes icônes précieuses, et joue seul ta mélodie. Tu peux même garder le silence, plaquer tes silences sur le bruit, il en est qui t’ont rendu célèbre.

Tu as raison, mon cher ange, répondit le moine. Pourtant, mes silences ne sont célèbres que par ce qui les sépare, mes voix, mes notes, ma musique, ma parole. Laisse moi donc à mon discours je te prie, il ne rendra que plus magique le moment où je me tairai.

à suivre

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lundi 22 août 2005

4.2. Descendre, dit-elle.

4.2.                      Seizième jour.

2.a   

Descendance et patrimoine, nature contre volonté, fidélité contre foi, foi sans fidélité, commune reconnaissance de l’autre, comme autre et comme nécessité, des alter ego en quelque sorte, ce mot latin a-t’il au moins un pluriel, chez nous ?

Je suis éternel parce que mon enfant est moi, mais s’il le veut seulement. Rien ne l’y oblige et nul ne doit lui en tenir rigueur s’il m’a oublié avant même que je meure. Sinon, comment pourrait-il vivre et par sa vie m’obtenir l’éternité revendiquée ?

Il est si tentant d’imposer sa règle. Toi la femme tu porteras le voile et par la même occasion les paquets. Moi l’homme, j’ai besoin de mes mains pour montrer l’horizon d’un air savant. Toi, gamin ou fille, tu me porteras moi le vieux, et quand par ta faute je serai mort tu resteras près de mon corps à chanter mes louanges. Mes pairs veilleront à cela.

Il est si facile de se barricader ainsi contre la poussière. Quarante milliards d’hommes, disent les spécialistes, et personne encore pour comprendre que l’éternité n’est pas ce rendez-vous là, que ces danses de pouvoir ne sont que danses macabres. A ce petit jeu, c’est la mort qui gagne. La femme reste muette et l’enfant ne vit pas.

Qui chantera mes louanges, si l’enfant est mort ?

(à suivre)

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mercredi 28 septembre 2005

4.2. Descendre dit-elle. #3

2.c    Le goût du thé.

Revenons au thème, just a gigolo. Il a été mis à toutes les sauces, sucrées et salées, et l’auteur de la chanson n’avait pas imaginé que sa ritournelle allait résister à tous les traitements, les plus académiques et les plus sauvages.

J’ai planté là mon discours sur la femme et sur l’adoption juste comme il commençait à m’intéresser, pour dériver dans un éloge du cerveau et une invective à la nature, sortes de cheveux sur une soupe même pas encore cuite. J’y reviendrai, aux éloges et aux invectives, à la femme aussi d’ailleurs, ils ne perdent rien pour attendre, mais le thème, la jolie chanson américaine, continue de faire entendre sa mélodie sous les cafouillages, les silences, les oublis, il est le standard, le tremplin, la planche de salut. Mon gigolo juste s’appelle ici Adoption comme expression de l’humaine volonté, comme point culminant du refus de l’ordre des choses.

Il y a des descendances qui coulent de source. L’homme a enfermé la femme devenue pubère, il a triomphalement montré le linge taché de sang, et par un effort digne des héros de l’antiquité, il a placé ses gènes dans son plaisir. Il a poussé le cri de victoire, il a employé les mots de pureté et de certitude. Il peut maintenant dormir tranquille le restant de ses jours en buvant son thé ou son whisky, selon sa culture et l’endroit où il se trouve. Il a échappé à la malédiction. Le con.

Même dans ces pays où la vie se passe comme je viens de raconter, ces pays là existent hélas et dans les autres pays on y met un peu plus de forme mais guère, c’est à la naissance de l’enfant puis de ses sœurs et de ses frères, que commence la vie du père, celle qui mérite d’être vécue, celle pour laquelle il a vécu, c'est seulement à ce moment là, pas une minute plus tôt. Réveille-toi, homme qui dors sur tes certitudes ! Quand bien même ta femme aurait été cloîtrée toute sa vie, quand bien même tu aurais été le premier et le seul, quand bien même tu pourrais jurer de tout cela, ton travail ne commence qu’au jour de la naissance de tes enfants. Ta femme est embarquée depuis longtemps dans cette aventure, depuis beaucoup plus de neuf mois, depuis le jour ou le premier filet de sang a coulé le long de sa cuisse effrayée, et il lui a fallu arriver à l’idée de ces neuf mois et des années qui suivront.

Mais toi, qu’as-tu fait ce temps là ? Tu as été le surveillant de la grille et le gardien des cadenas. Maintenant, tu vas devoir les adopter ces enfants, les faire tiens. Comment dis-tu, ils sont à toi, ces enfants ? De quel droit, de quel Dieu les tiendrais-tu ? Seraient-ce les cadenas, les grilles et les certitudes qui te rendent ainsi propriétaire ? Tu dérailles, mon pauvre homme, personne n’est propriétaire des enfants qui sont nés, et leur mère le sait. A toi de l’apprendre, maintenant. A toi de les vouloir, de le vouloir, et de devenir leur père par un long combat protecteur, contre eux, contre toi, contre la nature, la verte nature. Si tu as de la chance, à leur tour, dans très longtemps, ils t’adopteront et ta vie n’aura pas été vécue pour rien.

Si tu oublies cette loi, si tu bois ton thé à la menthe assis sur ta certitude initiale, tu ne seras rien ; un matin tu te réveilleras et tu découvriras que tu es mort ; ton discours de la supériorité de l’homme sur la femme aura un drôle de goût.

à suivre

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lundi 3 octobre 2005

4.3. Descendre, dit-elle.

4.3.           Dix-septième jour.

3.   L'adoption.

L’adoption primordiale, première, pleinière. L’adoption fondatrice. L’adoption réciproque. Peu importent les gènes, je ne vous referai pas le coup du plaisir; les mêmes yeux les mêmes orteils chacun s'extasie bien inutilement, c’est longtemps après la naissance que les vraies ressemblances vont se construire. Le plus tôt est le mieux, mais pourquoi pas à partir de quatre ans, de huit ans, de douze ans, de vingt ans ?

Peut-être y aura-t'il un peu moins de ressemblance et un peu plus de difficultés si l’on s’y prend tard, il faudra être à la fois plus rapide et plus patient, plus audacieux et plus prudent, et l’échec sera plus proche, plus pressant, plus probable. Mais un jour de gloire peut venir où chacun adoptera l’autre, où la fille adoptera le père tout comme il a adopté la fille. Le jeu en vaut la chandelle ; tant qu'elle ne s’éclaire pas, tant que tarde le jour de clarté, sans jamais regretter d’avoir joué, il faut continuer d’être audacieux et prudent, patient et rapide, il faut surveiller l’échec qui rôde, du coin de l’œil, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Il n’attend qu’une chose, l’échec qui rôde : le découragement qui tue.

Le travail n’aura pas été vain, peu importe le résultat ; je n’ai pas besoin de jour de gloire pour aimer ma fille, d’autres diront mon fils, j’ai seulement besoin de ce travail de guetteur. Voilà pourquoi, en commençant, j’avais parlé d’humaine volonté. La nature n’a rien à voir dans cette affaire, je la tiens à distance, là-bas dans la campagne lointaine où volent les frelons, où sifflent les serpents, où tonnent les orages, où ne sont que pleurs et grincements de dents. Ne crains rien, petite, je suis là, je guette.

La descendance, le patrimoine, l’éternité, seule la volonté peut nous les donner. Il ne me reste plus qu’à écouter, une nouvelle fois, le pianiste renfrogné déchiqueter le gigolo. Voilà tout.

FIN de la fiche. Cachet de la poste : Août 2001

Posté par andremriviere à 13:42 - CH.04 - LA JUSTICE ET LE GI*GOLO. - Commentaires [1] - Permalien [#]



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