MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

mercredi 19 octobre 2005

CHAPITRE CINQUIEME - Mettez-m'en un au frais, de titre

5.1.           Dix-huitième jour.

1°)    Par quel étrange paradoxe la terre que je contemple depuis mon observatoire est-elle si calme et paisible, d’apparence ?.

Pourquoi rien dans le paysage ne peut m’alerter sur les forces souterraines à l’œuvre, sans lesquelles ce paysage n’existerait pas, je le sais, mais par lesquelles un jour, dans une minute, dans une heure ou un millénaire, il va exploser en poussières.

Il y en a déjà beaucoup, de la poussière, dans le paysage. Un peu de sécheresse et un chouia de vent, et l’horizon se trouble au passage des camions, des moissonneuses, des troupeaux. Ce pourrait même être de la poussière d’amiante, celle de derrière la colline par chez moi, qui ronge les plèvres.

Poussière, poussière, voici encore l’éternité qui frappe à la porte.

2°)    Comme autour d’un totem une chaude nuit d’été indien, je tourne autour de l’idée de mort. J’imagine comment l’homme a pu asservir sa femme croyant vaincre la mort, et comment encore il le croit par ses enfants. Et pourquoi donc écrirais-je, sinon aussi dans l’espoir insensé de cette victoire.

Terrifiante ou amicale, inévitable en tout cas à ce qu’on dit, il faudrait être capable de la regarder en face, de prendre la posture, et de proclamer que l’amour est plus fort qu’elle, et que la foi est plus forte qu’elle, et que la bonne cause est plus forte qu’elle, et que les matins chantent et que la lutte est finale.

Bon.

Rien ne vient. Silence. Le vent. Le grillon se fout de moi, là-bas derrière le buisson épineux. Tenir la pose me donne des crampes et un lumbago. Alors que faire et que dire, qu’écrire ? Quoi écrire ?

Il doit bien y avoir une phrase que personne n’a encore proférée qui changera la face du monde, qui disqualifiera pour toujours la mort et ses oripeaux, quelque nom d’oiseau, quelque peau de banane, qu’elle se casse le squelette en marchant dessus. Une sorte d’entre-deux chaises, entre pompe et trivialité.

Cachet de la poste : 11 septembre 2001.

Posté par andremriviere à 18:42 - CH.05 - METTEZ-EN UN AU FRAIS, DE TITRE. - Commentaires [3] - Permalien [#]


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