MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

vendredi 24 février 2006

8.2. Mélodie en sous-sol.

8.2  Trentième jour.

Parce que ceux d’entre les fleuves en savaient plus que ceux venus de l’ouest, ceux-ci ont détruit ceux-là. Ils ne supportent pas qu’on ait plus de cent cinquante ans d’histoire et de civilisation, ils ne supportent pas que le forfait qu’ils viennent de commettre ait été écrit longtemps avant eux dans les anciennes écritures.

Ils voudraient croire à leur innocence. Ils ne sont que les derniers répétiteurs même pas inventifs des vieilles leçons qui ne servent à rien. Leur guerre sera aussi inutile que toutes celles qui furent faites avant eux, ils se croient toujours les premiers en tout, et ils rentreront chez eux plus pauvres qu’ils n’en étaient partis.

Je me sens si faible devant le déchaînement de leur puissance, devant la loi du plus fort, devant le dérisoire de ma situation ridicule, assis sur ma chaise pliante devant la chapelle à attendre le chaland. Malgré la vaine colère qui me secoue de me voir si vain et si coléreux dans ce fond du monde où je fais semblant de découvrir la fragilité de l’échafaudage de ce à quoi je prétendais croire, il subsiste une sorte de lueur ; si j’écris aujourd’hui, c’est pour me persuader qu’elle existe et qu’elle subsistera. Je n’ai pas d’autre choix.

La force pure ne peut jamais l’emporter. Un jour le lion devient vieux et la risée de tous, et ce jour là il faudra que quelqu’un prenne sa défense. En attendant, je tente comme d’autres de garder allumée cette loupiotte dans le vent contraire, il faut qu’elle tienne.

Mai 2003

Posté par andremriviere à 17:53 - CH.08 - MELODIE EN SOUS-SOL - Commentaires [0] - Permalien [#]

mercredi 22 février 2006

CHAPITRE HUITIEME - 8.1 Mélodie en sous-sol

8.1  Vingt-neuvième jour.

Mai 2003. Guerre ou pas guerre ? Si j’étais journaliste, il serait trop tard pour y penser. Si j’étais philosophe, il serait trop tôt pour réfléchir. La guerre impensable est déjà finie avant même qu’on ait pu la nommer. Mais l’est-elle vraiment, finie, et ne voyons nous que le début d’une longue horreur ?

Déjà en trois semaines, elle a réussi à accumuler tous les poncifs inlassablement répétés depuis trois mille ans. Je dis trois mille ans, j’aurais pu dire trente mille, trois cent mille, trois millions, faute de connaître les horreurs oubliées que nul n'a jamais racontées. Ulysse lui-même le savait-il, lui le sage qui déjà n’avait pas voulu se battre, lui qui avant tout le monde avait compris l’inutilité du conflit qui s’annonçait. Il ne mesurait pas à quel point il avait raison, à quel point l’inutilité ferait des petits trois mille ans après lui.

 

Les analphabètes d’outre océan croient découvrir les premiers à chaque instant la lune et la vérité pourtant explorées en vain depuis si longtemps avant eux, à commencer par ceux-là même qu’ils détruisent en toute bonne consience, ceux là même qui depuis trois mille ans vivent et meurent entre les deux fleuves. Nous avons aussi nos analphabètes. Mais voilà quelques temps qu’ils se tiennent tranquilles et ne cherchent pas de guerre pour exister. Ils nous trouveront bien quelque chose si nous ne veillons pas, il ne faut jamais désespérer de ses analphabètes. Plus à l’ouest ils tiennent le haut du pavé, par les efforts conjugués des bienfaits du pétrole et des comptes d’apothicaire.

à suivre.

Posté par andremriviere à 18:51 - CH.08 - MELODIE EN SOUS-SOL - Commentaires [2] - Permalien [#]
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