MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

lundi 31 juillet 2006

CHAPITRE QUATORZIEME. Au nom du père (2ème Période).

 

Cinquante-sixième jour. L'évidence du droit.

10/18.

Deuxième partie. Désormais le moine s’occupera du nom ; oubliés prénoms, pseudos, diminutifs et noms d’oiseau.

Alors, père ou mère, qui va transmettre son nom, ou plus exactement à qui faut-il demander de transmettre son nom et à qui de l’abandonner ? Lançons-nous dans le marécage sournois. Je ne sais pas si vous avez remarqué, il y a une légère différence entre l’homme et la femme. Neuf mois durant, elle porte l’embryon puis le fœtus, ce qui deviendra un être humain au moment du cri primordial.

Nous y voilà. La malédiction physiologique. La Nature et sa grande haine. Les violons commencent à gémir dans le fond et je vais entonner la chanson de la divine maternité, le don de la vie, et tout le fourbis. Tout le monde a vu le ventre s’arrondir, les seins se gonfler. Tout le monde a vu le visage s’épanouir. Raté, ne comptez pas sur moi, ni pour les violons ni pour le fourbis. Je sais qu’il est des grossesses nauséeuses, insupportables, interminables, et je connais des femmes qui ne veulent pas en entendre même parler, des femmes pour qui ce ne sera jamais, et des femmes pour qui plus jamais ça. Des femmes n’y ont pas survécu, et je ne pense pas aux temps anciens qui furent pires mais à nos temps présents.

Je respecte d’autant plus les femmes qui ont le courage de ce refus qu’il est encore plutôt mal vu de nos jours. Ne vous imaginez pas que je cherche à les blâmer, de quel droit, à quel titre, en quel nom ? L’enfantement est la prérogative absolue de la femme : dans une société libre digne de ce mot, la femme dispose, la femme devrait disposer sans limite. Nous sommes des mammifères et le fœtus est porté par la femme, on n’a pas encore trouvé moins pire, même à nos temps présents ; elle en subit les risques, elle doit avoir toute liberté, neuf mois durant, de renoncer, de disposer. Le seul droit du fœtus qui vaille est le droit de la femme qui le porte. Ce que je dis sur le nom n’a aucun sens, autrement.

Que la grossesse soit une bénédiction ou une malédiction, c’est la femme qui porte l’enfant. Ni vous ni moi n’y pouvons rien. Mon sentiment est que la majorité des femmes est heureuse de cet état de choses, mais ce n’est que mon sentiment et il ne pèse rien dans ce discours, n’en tenez pas compte sinon pour une petite digression histoire de mélanger un peu vos pinceaux.

FAIT le 24 février 2005 à 10h38.

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mercredi 2 août 2006

14.2. Le droit de l'évidence.

Cinquante-septième jour. Le droit de l’évidence.

11/18.

La grossesse est ostensible. Un beau matin ou un soir de crachin, on appelle le taxi et on se rue à l’hôpital, avec le chauffeur qui panique à cause du tissu tout neuf des sièges et ces bagnoles qui n’avancent pas. Même à Carrefour-sur-Gambette, il y a des embouteillages mal placés.

On arrive enfin et, plus ou moins vite, retentit le fameux cri. C’est généralement ainsi que les choses se passent et il en fut ainsi pour Bonemine. Il y avait assez de monde dans la salle qui pouvait témoigner avoir vu Séraphine sortir toute rouge de Bonemine, sauf peut-être le monsieur tout blanc assis là et que réconforte l’infirmière.

Nous ne sommes pas toujours brillants, nous autres les mâles qui se veulent dominants. Et curieusement, enfin moi je l’ai remarqué mais je suis peut-être le seul, ce sont les plus dominants qui dans ces cas là sont les plus blancs. On se demande pourquoi la société, soucieuse de progrès et de rationalité, n’a pas encore inventé des lois pour jeter ces chiffes molles et définitivement les oublier. C’est qu’ils sont peut-être encore un peu utiles, ensuite.

Intervient ici l’administration et sa poussière. Faut-il parler de déclaration de naissance ou de reconnaissance, l’un et l’autre sont-ils superposables, opposables, ou indépendants ? La pratique montre qu’il y a souvent simultanéité : le père est présent quand passe monsieur l’officier d’état-civil, je ne vois pas pourquoi je mettrais des majuscules, et c’est donc lui, le père, qui, muni des certificats idoines et réglementaires va donner les éléments pour inscrire le nouvel être humain dans le grand livre de la nation. Ouf.

FAIT le 24 février 2005 à 19h05.

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mardi 8 août 2006

14.3. Le long chemin.

Cinquante-huitième jour.

12/18.

Je dois vous avouer que le formalisme et la paperasserie d’état civil sont indifférentes au moine ; non qu’il les juge sans importance, mais il n’en débattra qu’après en avoir fini avec la question du nom, si vous tenez à ce qu’il en débatte. Que des anomalies existent aujourd’hui, à cause de pratiques imprécises, d’officiers incompétents ou intrusifs et de rigidités administratives, il en conviendra volontiers, et il souscrira à la nécessaire neutralité du scribe. Mais ne venez pas l’agacer là-dessus comme je le fis, ce n’est pas son sujet immédiat, et pourrait se taire à jamais.

Voici ce qui me préoccupe : quelle que soit la forme de la démarche administrative et le lieu où elle s’accomplit, sur terre sur mer en l’air, il est impérieux que l’homme qui n’est pas encore le père au moment du cri surtout si tout blanc il vacille sur sa chaise, le devienne enfin et pour toujours. Il est impérieux que tous sachent que c’est lui et personne d’autre, le père. Un rituel doit se dérouler, le jour même ou des années plus tard. Ce serait mieux le jour même mais personne n’en décide vraiment.

Pour cela, deux volontés et deux décisions doivent se confondre. La volonté et la décision de la mère qui va désigner le monsieur comme étant le père, sans cet aveu comment être sûr ? Et la volonté et la décision du père qui reçoit cet aveu et qui le fait sien. Un scribe inscrit comme son nom l’indique l’aveu et la soumission. On pourra tartiner des pages sur les modalités du scribe, pourvu qu’elles soient fiables.

Dès cet instant, il est le père de l’enfant pour le restant de leurs jours à tous deux, avec toutes les obligations qui en découlent. Certitude absolue et unique, moment unique et absolu, la prise en charge d’un être humain. Je n’ai pas dit l’appropriation, attention aux mots que vous lisez.

Et souvent, bonheur total. Mais ce n’est pas cette bouffée de bonheur qui compte, mais le long chemin qui ne fait que commencer.

La transmission du nom est le signe de cette obligation vitale, j’allais dire viagère, qui lie le père à l’enfant, le père vers l’enfant, le symbole, la preuve. C’est l’échange fondamental, qui signe et qui désigne un engagement dont personne naturellement ne mesure le poids au moment où il se prend. Quand même le monsieur tenterait de fuir à l’autre bout du monde sous prétexte d’acheter des cigarettes, courir tous les jupons qui passent à sa portée, renier les promesses de l’aube lumineuse et les promesses du tendre crépuscule, son enfant portera son nom et il ne pourra jamais feindre de l’ignorer.

FAIT le 25 février 2005 à 13h35.

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mercredi 16 août 2006

‎14.5.‎ La faute du père #1‎

Soixantième jour.

14/18 – Première phase.

Je lui ai fait part de vos énervements. Que la transmission du nom fait fi du comportement du père traditionnel, indifférent et lointain, volage et violent, et toutes ces horreurs qu’on entend dans les prétoires quand la mère vient faire un mauvais procès pour se débarrasser du mari. Les enfants ont bon dos, en général. Il m’a répondu ce qu’il dit depuis le début et que je n’ai pas encore bien saisi : il s’agit de la question du lien aux enfants, définitif presque toujours, et non de la question du lien à la femme, provisoire parfois. Quand donc feras tu un peu plus attention ?

Rien ne souligne dans nos institutions l’obligation faite aux pères de partager, au sens de prendre sa part de charge, hormis un vague article du code vite lu vite oublié, et encore faut-il qu'on se marie pour l'entendre. Rien de rien, même les pratiques de séparation, où le juge confie l’enfant à la mère dans presque tous les cas, et où le père se retrouve de facto dépossédé de sa paternité et parfois de juro, fautif ou non fautif. On ne lui demandera pas moins de contribuer, ce qui est légitime. Mais que lui restera-t’il s’il n’a même plus le nom ?

Je pense ici aux pères qui sont pris dans la tourmente, à ceux qui s’éloignent de la dame au su ou à l’insu de leur plein gré, comme le veut cette formule involontairement géniale. Les mères furieuses, parfois à bon droit et parfois à tord, toutes les mères ne sont pas irréprochables, se vengent de leur vie en saccageant ce qui devrait rester indéfectible : le lien du père à l’enfant. Et elles ont tord, je l’affirme, même lorsque le père a tord.

FAIT le 25 février 2005 à 17h37.

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jeudi 17 août 2006

14.5. La faute du père #2.

Soixantième jour 2.

14/18 - Seconde phase.

Il peut aussi arriver que des pères se soient totalement désintéressés des rejetons qu’ils avaient pourtant acceptés au début. Défaillance absolue, et on ne manquera pas de me jeter au visage cette situation là pour me clouer au pilori. Vade retro pilori de peu, je sais de quoi je parle.

Il faudra pourtant faire un sort à ces pères là, et s’interroger sur la légitimité de la transmission de leur nom. Que de tels pères existent est sûr et certain et si je suis dérangé de savoir qu’ils existent, je ne le suis pas que leur existence vienne me contredire. La société pourra décider de changer le nom des enfants de tels pères. Mais ne me parlez pas de sauvette, d’arrière-cour et de mairie clandestine, il me semble l’avoir déjà dit. Il en faudra beaucoup pour que le nom change ; il ne faudrait changer le nom que si le père ne se battait même pas pour s’y opposer, et encore.

Comme en effet je l’ai déjà expliqué, mais bis repetita placent dit le poète, il faudra y mettre les forme et y passer du temps, retrouver un autre juge en état de marche, et regrouper le monde qui entoure les enfants concernés, parents voisins concierge raton laveur gendarme et témoins, et les enfants eux-mêmes dont l’avis même petits ne compte pas pour du beurre, et enfin obtenir un jugement sur cette douloureuse question de garder ou non le nom du géniteur défaillant, selon la durée la gravité la nature la certitude de la défaillance, et quel nouveau nom donner. Il faudra aussi bien écouter la défense du père et ne pas confondre sa défaillance aux enfants avec la défaillance à la femme, qui, elle, mérite divorce aux tords.

Je ne traiterais pas du cas de la mauvaise mère. On doit parfois en croiser.

Encore une fois, ce n’est pas la liberté du parent qui importe ici, cette fausse liberté de changer de nom comme de chemise, mais l’aboutissement d’un long travail contradictoire dans lequel tous les avis de tous les intervenants vont compter, ceux que j’ai cités et ceux que j’ai oubliés, à hauteur de la valeur et de la priorité de chacun. Le temps fait beaucoup à l’affaire, l’hésitation, le débat, et la sérénité espérée d’une justice qui doit encore ici rester lente. Le père pourra même faire valoir ses raisons, et se racheter, pourquoi pas ? Comme quoi, voilà de l’eau à mon moulin, la transmission du nom du père reste un lien assez fort pour maintenir les défaillants dans le droit chemin de la paternité nécessaire, ou les y ramener.

Heureusement, la plupart des pères sont comme Augustin Trucmuche, amoureux, dévoué, fidèle, présent. Il n’a pas besoin qu’on le rappelle à l’ordre, et c’est tant mieux.

FAIT le 25 février 2005 à 17h37.

 

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vendredi 18 août 2006

‎14.6.‎ Aire de repos.‎

Soixante et unième jour.

15/18.

Le moine a dégagé l’horizon des scories du patriarcat. L’enjeu de la transmission du nom n’est plus de sauver cette apparence là. Une petite respiration de résumé avant les dernières étapes.

On a fait porter aux femmes une partie des chapeaux qu’elles réclamaient, en leur laissant ceux qu’elles avaient déjà. Double tâche, double journée, double vie. Il est temps que la société, ou plus généralement le corps social, ce machin qu’on me reproche d’invoquer mais je n’ai pas trouvé d’autre mot, se préoccupe de rappeler aux pères qu’ils ont droit eux aussi à la double vie et que, aussi ostensiblement que la mère mais par un moyen différent, ils sont pères et que cet état est irrévocable. Ce moyen différent, le seul qui soit, surprise, c’est le nom donné.

Il importe que le corps social leur rappelle qu’il résulte de cet état un devoir, et aucun droit. Il y a longtemps que les femmes le savent, mais les hommes ont un peu de mal à s’y habituer. Ne leur donnons pas une bonne raison de se défiler encore, en leur refusant ce qui les marquera à jamais, le don ostensible du nom. La mère ne se défile pas, ou se défile peu, plus rarement que les hommes en tous cas je ne pense pas être démenti sur ce point, et la pression de l’évidence n’y est pas pour rien. Sans vouloir parler ici de l’instinct maternel et tout ce qui va avec, il y a du suspect dans ces notions et elles ne me sont pas nécessaires, j’en reste au corps social : à amour égal, à instinct égal, la mère est connue et le père ne l’est pas, si rien n’est fait.

La volonté de la mère a été matérialisée par une grossesse menée à terme ; n’oublions pas que l’avortement aujourd’hui est légal bien qu’insuffisamment organisé et accessible, et nos parlementaires satisfaits auraient mieux fait de s’occuper de cette affaire que des histoires de noms ; mais qui et quoi pour matérialiser la volonté du père ? Un parchemin, un acte notarié, une signature perdue dans des dossiers poussiéreux ? Le souvenir d’un médecin, une trace de mégot dans une salle d’attente ? L’enregistrement des ébats de neuf mois plus tôt ? On ne va pas passer sa vie à se traîner des dossiers ni des vidéos intimes.

C’est pourquoi il y a le nom de l’enfant.

FAIT le 28 février 2005 à 15h09.

 

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lundi 21 août 2006

‎14.7.‎ Le combat perdu.‎

Soixante-deuxième jour.

16/18.

Le moine est reparti dans son discours. Il s’enflamme pour se réchauffer.

Ton fils pourra te haïr, te mépriser, te traîner devant les tribunaux ; il pourra s’inscrire aux croix de feu, au Medef, à l’UMP, voter Sarko ; il partira à la ville voisine ou à l’autre bout du monde et ne donnera plus jamais de nouvelles, ou bien il prendra toute la place dans la maison et te mettra dehors, te dépouillera jusqu’à l’os. Qu’importe, il porte ton nom, tu es son père, jusqu’à ta mort et la sienne.

La mère, elle, sait qu’elle l’est, chair de sa chair, et le monde entier l’a vue.

On a institué l’égalité dans le couple, et chacun s’en réjouit, et s’en réjouira davantage lorsque la vie quotidienne, la vie professionnelle, la vie politique, verra le vrai partage exister dans tous les domaines. Là, et seulement là, est le véritable combat qu’il faut mener ; aujourd’hui, les lois ont donné ce qu’elles pouvaient donner.

Mais si la loi se mêle d’enlever le seul véritable signe du devoir de paternité, alors le combat dont je parle et dont les femmes ont encore tant besoin, est perdu d’avance. Vous savez bien qu’il ne s’agit pas des pères qui sont prêts à tout donner et même davantage, des pères engagés dans la vie de leur enfant sans la moindre réticence, pour le meilleur et pour le pire, l’Augustin de service, vous savez bien qu’il s’agit du moment où s’installent le doute, la lassitude, la discorde ; c’est à ce moment là que tous ont besoin d’un signe, d’un signal, de la piqûre de rappel.

Or, voici que la loi s’en est mêlée, et rien de ce que je raconte désormais n’a de sens puisque la liberté trompeuse a été gravée dans le marbre. Je peux aller me rhabiller avec ma rage, ce n’est pas moi qui ai perdu la bataille. Il n’y aura plus jamais de piqûre de rappel.

FAIT le 28 février 2005 à 19h33.

 

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mardi 22 août 2006

‎14.8.‎ Démonstration.‎

Soixante-troisième jour.

17/18.

Il a bientôt fini. Mais c’est plus fort que lui, il faut qu’il fasse le tour des exceptions à la règle qu’il invente. Il n’en fera pas le tour, mais il va jouer les prolongations, je le sens.

J’ai bientôt fini. Je n’ai parlé ni des monoparents, ni des homoparents, ni des zéroparents. Je n’ai rien écrit sur ces situations où mes belles histoires n’ont plus cours, où il n’y a plus ni vraiment père ni vraiment mère. On ne va pas manquer de les mettre en travers de mon chemin pour démontrer à quel point je suis un réactionnaire invétéré.

On aime bien démontrer, sur cette place publique. On aime bien asséner de la mathématique sur la réflexion, et des certitudes sur le doute surmonté. Faut-il vous dire qu’on n’est pas dans le registre du théorème ni dans celui du mâle dominant ? Oui, il faut le répéter, en pure perte d'ailleurs ; quoi que j’écrive, vous me démontrerez que je n’ai rien prouvé, vous, vous savez ce que démontrer veut dire, et moi, je m’accrocherai aux branches de sassafras et je répondrai que vous n’aurez rien démontré non plus, et toc. On sera bien avancé, et hop.

Le sujet qui me préoccupe ici n’a rien à voir avec la mathématique, et le peu de logique qui apparaît est du ressort de l’intuition, de la conviction, de la nécessité, de l’impérieux. Oserais-je ajouter que l’expérience y a sa part ? J’ose.

FAIT le 01 mars 2005 à 15h59.

 

   

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mercredi 23 août 2006

‎14.9.‎ De la diversité.‎

Soixante-quatrième jour.

18/18.

Il y a un piège dans la numérotation du Moine. Le coup de la prolongation, j’en étais sûr.

Faut-il aligner comme autant de petits soldats tous les cas de figure où plus rien ne fonctionne dans la transmission du nom ? Ces cas pourront discréditer mes prétentions, ils discréditeront tout autant celles qu’on m’opposera. On peut toujours trouver sous le sabot de son cheval un cas discréditant pour ce qu’on veut discréditer. Et j’avoue qu’au dix-septième paragraphe si j’ai bien compté, je me lasse et je vous sais lassés.

Je vais bientôt être pris dans les glaces, debout sur mon tabouret.

Les objections n’en sont pas qui se construisent sur des cas particuliers, où la famille prend une tournure plus inventive que la bonne vieille famille de nos ancêtres. Je vais pourtant vous citer quelques exemples.

Je commencerai avec la famille monoparentale, la vraie, où seul un parent existe, quelle que soit la raison du vide laissé par l’autre. Nous le savons, la seule qui reste est presque toujours la mère, et comme presque toujours, il y a des exceptions. Le nom sera celui de la mère, presque toujours, à l’exception de l’exception.

Il y a le cas du remue-ménage. Un père passe et manque, puis un autre, puis d’autres encore. Aucun ne se résout à rester, peu importent les tords et les raisons. La mère récupère toute la charge ; les grandes vertus s’offusqueront qu’elle en est une petite, c’est pourtant bien elle qui donnera son nom, et ce sera justice.

Il y a encore d’autres cas.

Il y a les homosexuels, hommes ou femmes. Je n’ai jamais caché ma réticence à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, une sorte de difficulté philosophique que je n’ai pas encore résolue. Inutile d’en débattre ici, il fait décidément trop froid, et une autre place publique mieux chauffée est prévue pour cela. Plus tard s’il vous plait.

J’admets pourtant, réticence ou pas, que la question se posera un jour, qu’elle se pose déjà ; qu’à cela ne tienne, on pourra se reporter à ce qui sera fait en cas d’adoption, les ressemblances sont trop fortes, et on se heurtera aux mêmes difficultés dans les mêmes termes. Pourtant il y a une exception à cette belle ressemblance, qui ô surprise va ressembler à mon bon vieux couple provincial du début ; voici le couple de femmes qui accueille des enfants par le seul fait d’accoucher. Qui pourrait prétendre qu’une lesbienne ne pourrait pas se trouver enceinte ?

Vous me permettez j’espère d’utiliser le mot lesbienne, j’aime bien ce mot et ses souvenirs égéens.

Ce n'est pas fini. FAIT le 02 mars 2005 à 19h39.

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jeudi 24 août 2006

‎14.10.‎ Mon grand retour.‎

Soixante-cinquième jour.

19/18.

Billet final qui est devenu le numéro 19 à la surprise générale, 19 billets pour le prix de 18.

Je propose, dans ce cas très spécial et de moins en moins provincial, que celle qui n’accouche pas donne son nom, dès l’instant où il y a véritablement engagement vital et définitif de l’une et de l’autre vis-à-vis de l’enfant. Si d’aventure l’une accouche et l’autre aussi, les deux frères porteront un nom différent. Où est l’embrouille ? Que celui qui connaît une telle famille se lève, moi non. Mais qu’importe la rareté d’aujourd’hui, si demain elle se répand ! Bavardages tout au plus. La solution doit être inventée, pourvu qu'on y réfléchisse. Je n'en fais pas une cause de guerre. Les difficultés sont multiples, autant avoir un fil rouge bien visible, surtout lorsqu'on sera obligé de s'en éloigner.

Vous voyez où peuvent me conduire mes thèses réactionnaires accrochées à la bonne vieille famille du bon vieux temps. J’avais probablement besoin de cet exemple saugrenu pour bien me montrer à moi-même que ma conviction ne se construit pas sur des relents de machisme. Stupide miroir ricanant, tu peux te rhabiller.

Et l’adoption ? Quel que soit le couple adoptant, mon discours sur l’ostensible du ventre vole en éclat, ou presque. Nous revoilà face au dilemme, lequel des deux noms choisir, lequel des deux mettre en premier, et ne faudrait-il pas chercher un nom ailleurs si j’y suis ? Je ne vais pas vous donner de solution, cette fois-ci je n’en ai point. Mais je suis certain d’une chose, qui perdure d’un bout à l’autre de mon propos : il ne peut pas y avoir de libre choix des adoptants. Ils peuvent exprimer un souhait, un désir, une préférence, et ils peuvent l’argumenter. Ils le doivent.

Ils ne prendront pas la décision ultime. Celle-ci viendra à la fin du processus d’adoption, dont la lenteur est éprouvante et parfois exagérée, il faut bien toujours donner du temps au temps. La décision relèvera du corps social, le revoilà encore celui-là, décidément il nous colle, et prendra la forme qu’on voudra bien lui donner ; je sais qu’aujourd’hui c’est un juge qui scelle ce destin là, encore un juge en état de marche. Durant ce temps nécessaire, chacun aura pu donner son avis, son vécu, ses souhaits : les adoptants, les enquêteurs, les ascendants, les descendants, la concierge de l’immeuble d’en face, et le raton laveur. La valeur du laveur ne sera pas celle des adoptants, vous m’aurez compris, mais elle n’est pas tout à fait inexistante.

Je sais ce que je sais, je sais ceci : un homme débarque dans la vie d’une femme et de son enfant, et prend tout le paquet de la monofamille que voici, que l’enfant ait trois jours, huit ans ou quinze ; pour cet homme, l’une ne va pas sans l’autre, son couple nouveau n’existerait pas sans l’enfant déjà né. Je vous dis, moi, que la loi, puisque vous tenez tellement à la changer, devrait attribuer le nom de cet homme à l’enfant à l’instant même où il dit oui à la mère, parce qu’il a déjà dit oui à la question que l’enfant lui a posée en silence.

Peu importent alors les modalités administratives du oui et les modalités administratives du nom.

Un don simple, immédiat, pas plus compliqué qu’un mariage mais lui, irrévocable.

C’était juste pour dire cela que j’ai tant tartiné. J’aurais dû commencer par la fin, vous auriez gagné du temps et j’aurais échappé à la grippe.

FIN. FAIT le 03 mars 2005 à 19h02.

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