lundi 30 octobre 2006
15.7. La démission. #7/7. FIN.
Septante-deuxième jour.
Je ne demande pas la démission du ministre, ce serait vain et je sais qu’on veut le garder en haut lieu pour le bon travail accompli au service du baron et du courbe. Un ministre n’a qu’un temps, et son pouvoir de nuisance s’arrêtera tôt ou tard. Plus ce sera tard, plus ce sera dans l’opprobre. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de tous les ministres à mettre dans le même sac. Mais il en est qui devraient démissionner qui font mine d’ignorer qu’après un mauvais coup, une lâcheté, une fuite, une faillite, il vaut mieux s’effacer ; il est rare qu’on se refasse une santé, même quand on se croit médecin. Ainsi le bon docteur ministre de piston, se croit hors des contingences et d’ailleurs, sa conscience est pour lui, ne l’a-t’il pas dit ?
Il restera donc ministre et je n’y redis rien, tant que ses maîtres le garderont. Peu m’importe qu’il reste ou ne reste pas ministre, le bon docteur.
Il est de bons Corses et de mauvais Corses, comme de tout. A eux de faire le tri et de décider qui mérite de l’être et qui doit être chassé. Bon ou mauvais comment savoir qu’on l’est d’ailleurs, qu’on soit insulaire ou continental, francophone ou maltais, faucon ou colombe ? Simultanément l’un et l’autre, ou en alternance, l’un ou l’autre selon la lune et les étoiles. En revanche, on est ou on n’est pas Corse, Parisien, Breton, Aquitain, Picard. On peut même être un peu de quelques, un peu de chaque, mélange des genres et identité floue.
Je ne suis pas Corse, ni de près ni de loin. C’est pourquoi je ne demanderai pas au bon docteur de démissionner de Corse, peuple, île, terre, population, province ou pays, ni même aux corses de décider s’il reste ou ne reste pas des leurs. Peu m’importe leur choix, c’est une affaire entre les Corses et le bon docteur dont je ne me mêlerai pas.
Tu ne démissionnes pas de ce d’où tu viens. Tu le caches ou tu le proclames, tu le revendiques ou tu le nies, mais tu n’en démissionnes pas parce que ce que tu es ne démissionnera jamais de toi.
Le bon docteur pourra donc dormir sur ses deux oreilles, même si dans l’île certains l’éviteront désormais. Il pourra paisiblement jouir de sa voiture de prestige et des gyrophares qui l’accompagnent, des avions réservés et des places gratuites, des tapis rouges et des dorures républicaines, il reste bien un peu de dorure dans cette république. Je ne trouverai rien à redire qu’il se prélasse et se pavane dans les dorures, le bon docteur.
Il peut dormir tranquille sans craindre l’impuissante colère du citoyen ridicule que je suis. Je suis rentré chez moi et j’ai tourné la clé dans la serrure pour enfermer mon icône. J’ai passé mon énervement sur quelques bougies à moitié fondues. Et je me suis endormi. Le bon docteur saura seulement, dès le lendemain matin après avoir bien dormi lui aussi, que l’homme qu’il verra se raser dans son miroir n’est plus médecin et n’avait jamais mérité de l’être s’il l’avait jamais été.
Parce que, s’il lui reste un soupçon d’honneur, il démissionnera de médecin.
FIN de "the man I love".
mardi 24 octobre 2006
15.6. Cet homme a failli. #6/7.
Septante et unième jour.
On va me dire qu’il n’a pas été prévenu à temps du fond de ses vacances. On va me le dire, et on aura raison peut-être. On va me dire qu’on ne pouvait prévoir que l’été deviendrait fou cette année là. On va me dire que c’est l’effet de serre, personne n’en sait rien mais on me le dira.
C’est étrange comme il se trouve beaucoup de monde pour expliquer après coup un événement climatique de deux semaines que personne n’avait prévu, alors qu'il y avait eu des signes avant-coureurs de catastrophe. Qu’importe, il lui fallait des vacances, au bon ministre. Météo France l’avait pourtant prédit, et dès que le phénomène a commencé, Météo France dont on ricane tant avait insisté : ça va être chaud. Comme ils se trompent toujours, on ne va pas se gâcher des vacances pour si peu. Je ne suis pas ici pour vous parler de prévisions incertaines et d’effet de serre pour des explications cousues de fil blanc, et nous en reparlerons quand j’aurai rejoint ma chapelle, si je veux.
Je pourrais rappeler que les épisodes chauds précédents auraient pu déjà, à qui aurait été vaguement attentif, donner quelques inquiétudes devant les faibles réponses de la société et de ses maîtres. Mais on ne va pas gâcher des vacances de grand ponte pour si peu.
On va me dire tout cela et on aura raison.
On va me dire encore que le ministre de l’intérieur si prompt à gesticuler a tout fait pour cacher la vérité qu’il connaissait pourtant dès les premiers jours sans parler des épisodes précédents, à tous ceux qui auraient pu, peu ou prou, réduire l’ampleur de la catastrophe, et en particulier à notre Corse de ministre médecin qui ne savait rien à l’en croire. On lui cache tout on lui dit rien. Et à nouveau on aura raison. Je sais tout cela, et s’il y a longtemps que je jette la pierre au ministre de l’intérieur ma réserve de cailloux est inépuisable ; ce n’est pas de lui qu’il s’agit aujourd’hui.
Le ministre de la Corse devra s’en expliquer avec le ministre corse, je ne serai pas présent pour arbitrer cette bataille, mais je sais quel sera le perdant, et je ne pleurerai pas sur lui, je sais aussi qu’on lui trouvera une autre dorure où exercer son incompétence.
Ainsi, on aura raison de me présenter toutes ces bonnes raisons comme autant d’excuses, excuses valables d’acquittement, excuses plates de circonstances atténuantes. Ni médecin ni corse, notre ministre aurait pu rejoindre son bureau la tête haute. Mais voilà. Par delà les incohérences gouvernementales, les conflits de couloir et les politiques de basses œuvres, par delà les sanctions abattues sur les lampistes vieille tradition séculaire et indestructible, lampistes malgré tout hauts placés mais moins hauts que d’autres dans cette histoire, fusibles plutôt que lampistes, personne ne pourra trouver de circonstances atténuantes à un médecin qui avait les moyens d’un ministre, et qui du fond de ses vacances n’a pas levé un seul petit doigt alors qu’agonisaient dans la chaleur quinze mille vieux assoiffés.
Comment peut-il prétendre qu’il ne savait pas, lui qui est
médecin grand médecin parmi les grands médecins, lui qui connaît dans sa chair
la morsure des temps de chien, les canicules. Alors il ne savait pas comment
fonctionnent les urgences au mois d’août, il ne savait pas que les vieux
assoiffés n’ont pas soif, il ne savait pas que les détresses solitaires se
terrent et se taisent ? Il ne savait rien de tout cela, et nous devrions le croire ?
On va me dire, c’est fou ce qu’on dit derrière mon épaule pendant que j’écris, que le ministre n’est pas Zorro ni superman, et qu’il ne va pas sur son cheval blanc sauver le monde en trois coups d’épée. D’abord, était-il blanc, le cheval de Zorro ? Vous le voyez, lui, tel un archange solitaire, chevaucher les campagnes et arroser les urgences d’eau et de soignants, et ressusciter Lazare ? Qu’aurait changé pour le monde qu’il sortît de sa piscine fraîche, je vous le demande.
On va me dire cela et on aura raison.
Mais au moins, il aurait bougé son petit doigt de médecin, ce que tous les autres médecins ont fait pendant deux ou trois semaines d’enfer, quitte à rentrer de vacances, quitte à y renoncer même, et les infirmières et les brancardiers et tous les autres, tous sauf lui, ministre dans sa piscine. Et aucun de ces médecins là n’avait les moyens d’un ministre.
Tout embrumé de sommeil réparateur, frais et dispos, quinze mille morts plus tard, le ministre est apparu et a parlé. Les micros se sont tendus, chacun voulait comprendre, le ministre médecin allait dire la vérité, toute la vérité du secret du cataclysme. Les esprits étaient en alerte, les radios allumées, les caméras braquées, la parole allait tout apaiser.
« J’ai ma conscience pour moi » a dit le ministre très content.
mercredi 11 octobre 2006
15.5. Cet homme est complice. #5/7.
Le baron et son domestique à l’échine courbe peuvent être fiers de leur recrue. Ils regrettent de s’en être méfié au début, maintenant ils pavoisent, ils font leurs comptes, quinze mille retraites en moins à verser. Il aurait probablement fallu les payer encore trois, quatre ans, plus peut-être, il est des vieux qui s’accrochent. Je n’invente rien, la plaisanterie court les lambris de ce qui reste de la république.
Au passage, on montre du doigt les familles de ces mauvais français qui abandonnent leurs vieux pour se dorer le recto verso. Et si c’était finalement la faute aux congés payés et autres réductions du labeur, de Léon Blum et sa clique à Martine Aubry et sa claque ? Voilà une idée qu’elle est bonne. Depuis le temps qu’on rêve de le casser, le code du travail, ne serait-ce pas un bon départ ?
On trouvera mieux plus tard, mais ce n’est pas mal pour commencer. Une bonne dose de culpabilité pour préparer les esprits aux réformes. Oui, je crois bien que c’est ce mot là qu’ils utilisent, réformes.
Ainsi, ils se donnent la gloire de mesures courageuses qui vont rendre la France compétitive, en voilà un bel enjeu de civilisation, de solidarités nouvelles qui permettront de déshabiller Pierre le pauvre pour habiller Paul l’encore plus pauvre, ils seront très fiers de leur invention de solidarité nouvelle, d’autant plus fiers qu’elle passe très en dessous d’eux. Ils croient, le ministre courbé comme ses complices en ministrerie, qu’ainsi on oubliera qu’ils furent les premiers à détruire pour des raisons de grande comptabilité nationale, les solidarités anciennes qui, à elles seules, auraient coûté moins cher et évité l’hécatombe.
Et pour finir, quel plaisir de punir les mauvais français, c'est-à-dire nous tous, paresseux égoïstes, en leur ôtant une journée de repos sous prétexte d’arroser les vieux en été. Ce plaisir là nous a valu la réforme la plus comique de toute l’histoire de la république, et peut-être même de la royauté qui avait précédé : la suppression du lundi de pentecôte que le monde entier nous envie.
Ils n’ont jamais dit que les français étaient paresseux et égoïstes ? On aura tord de me contredire ici. Que signifie d’autre l’inlassable répétition médiatique et gouvernementale du thème de la réhabilitation du travail ? Et que signifie d’autre l’étrange ballet insistant jusqu’à la nausée autour des cinquante-trois enterrements de Thiais ? Nous sommes tous, aux yeux des domestiques du baron, des égoïstes et des paresseux.
La bonne nouvelle, monsieur le baron, est que je suis égoïste et paresseux.
La mauvaise nouvelle, monsieur le baron, est que je compte bien le rester.
Tant qu’un seul chômeur cherchera du travail en vain jusqu’à mourir de honte, il est indécent de prétendre réhabiliter le travail, monsieur le ministre corse, monsieur le baron, monsieur le premier des courbes et des fourbes. Trouvez leur du travail, ensuite on pourra examiner s’ils se reposent assez ou non. Celui-là même qui grandiloque sur l’effort de tous est celui qui a relancé la machine à chômeurs et qui ne bougera pas le petit doigt pour en ralentir l’emballement. On ne peut rien faire, dit-il, sauf attendre la reprise, comme d’autres attendent Godot.
A propos de petit doigt, j’étais en train de l’oublier le médecin ministre. Il lui reste un goût de reviens-y, à cet homme méritant, à ce complice.
mercredi 4 octobre 2006
15.4. Cet homme est ministre. #4/7.
Apothéose de la carrière du grand ponte, il s’est laissé convaincre d’être ministre après une petite simagrée de pucelle rougissante. Il plastronne : il va pouvoir du haut de son fauteuil en cuir, mettre en route ces grandes réformes que des décennies d’incuries avaient laissées au placard. On allait voir ce qu’on allait voir. Ainsi parlait le ministre neuf. Ainsi parlent toujours les ministres neufs, mais lui bien sûr il fallait le croire. Il allait rationaliser les hôpitaux, lui qui en avait dirigés sans jamais rien y changer, mais bon, il n’était pas ministre alors.
Il sait de quoi il parle et les septiques vont être démasqués : il connaît de l’intérieur tous les errements de ces machines dépensières, il va diagnostiquer le mal et trouver le remède, c’est bien le moins pour un grand ponte médecin. Il l’a déjà diagnostiqué, et depuis longtemps, il lui reste juste à administrer la potion amère : un hôpital sans malade est tellement moins déficitaire, vous comprenez. Dehors, les malades qui prétendent qu’on s’occupe d’eux, et pourquoi pas leur dire bonjour, tant qu’on y est ! A grands coups de saignées et de lavements on va apurer les comptes, laisser mourir les maisons de retraite de leur décomposition, punir les infirmières de leur vaillance, et montrer du doigt les mangeurs de médocs, les vendeurs de potions, les prescripteurs mitrailleurs, tous ceux qui, de près ou de loin, contribuent à notre survie.
Puis, mission accomplie, on va partir en vacances au frais.
Il n’était pourtant pas ministre comme les autres. Il était un ministre compétent dans son domaine de ministre, un médecin à la santé. Je les ai souvent entendu, les ricanements, à commencer par Figaro lui-même, qui stigmatise le danseur devenu calculateur. Ils sont ministres, disent les ricanements, et ils n’y connaissent rien, à l’ENA on apprend tout sauf à connaître quelque chose à quoi que ce soit, et on sait bien ce qu’ils sont, on ne le sait que trop : de dévoués domestiques bien lavés et bien repassés, près à tout pour un fauteuil peu importe la compétence du moment que l’on fasse de la politique.
On a tord de ricaner, et notre ministre médecin va nous le démontrer bientôt. Ils ont raison, ceux qui pensent que la compétence technique du politique n’est pas sa première obligation, que le politique l’emporte sur le technique, et que experts sont là pour être écoutés mais surtout pas suivis dans leurs avis généralement contradictoires, pour peu qu’il ait la prudence d’en écouter plusieurs. La grandeur du politique est de savoir les écouter, les Experts avec leur Œuf majuscule, puis de savoir s’en affranchir pour enfin décider et assumer seul la décision, sans le parapluie de l’impuissance face à l’Expert, parapluie mais aveu de faiblesse.
Me tromperais-je, ne serais-je pas en train de m’égarer dans un autre débat, qui devrait me venir ailleurs sous le clavier ou ne pas me venir du tout ?
Attention, s’il faut savoir écouter les experts et les oublier aussitôt pour une décision sage, il ne faut pourtant pas trop verser dans le cauteleux et le compatissant, tape sur la joue et regards appuyés, caresse facile et main lourde. Le politique est aussi un peu de droiture ; ainsi les choses peuvent devenir difficiles aux ministres les mieux intentionnés quand le premier d’entre eux a pris la pose courbe depuis l’enfance, front bas et langue sournoise. Il devient difficile de l’être, un vrai homme politique au milieu des dos courbés. Monsieur le baron pouvait dormir tranquille, ses serviteurs étaient plus royalistes que le roi.
Revenons à notre médecin corse. Il n’était pas question pour lui de postures difficiles. Compétence technique ou non, et bien qu’il ait pu arborer une toute autre allure et rouler des mécaniques, d’ailleurs Monsieur le baron était un peu inquiet au début, il a rempli mieux que tous son rôle de courtisan. Monsieur le baron et son serviteur zélé Monsieur le premier des courbes allaient être servi, il allait découvrir que le Corse était un de ses meilleurs agents.
mardi 19 septembre 2006
15.3. Cet homme est corse. #3/7.
En réalité, je ne sais pas s’il l’est. Qu’il m’en excuse s’il ne l’est pas et s’il n’aime pas les Corses c’est à eux qu’il devra rendre des comptes de ne pas les aimer, et s’il les aime qu’il se réjouisse de mon erreur. Que les Corses m’en excusent aussi qui peut-être ne veulent pas le compter parmi eux. Je n’en serais pas autrement étonné, les Corses savent les choses, parfois, sans qu’on ait besoin de les dire.
Je n’y peux rien s’il a un nom qui fleure bon la Figatelle, le Brocciu, le myrte sauvage et le maquis brûlé, s’il a un nom qui laisse un arrière goût d’omerta et de bergerie, et nul n’est fautif du seul fait de porter le nom de ses pères.
Je le sais Corse, au fond. Il connaît les cimes claires de sa montagne, les torrents joyeux du printemps desséchés en été, et les canicules de la plaine. Il est de cette grande île cousine où l’on respecte les vieux, le mot ne fait pas peur là-bas et inspire parfois le respect, où leur porter assistance est un mode de vie, une règle de survie depuis l’éternité des premiers âges, où l’on écoute leur parole car il faut sauver la bibliothèque avant le feu.
vendredi 15 septembre 2006
15.2. Cet homme est médecin. #2/7.
Soixante-septième jour. Cet homme est médecin.
Cet homme est médecin. Je ne connais pas le détail du cursus qui l’a conduit à ce titre prestigieux, je sais qu’il faut des années de patience et d’études. Il faut vaincre la rude concurrence des amphithéâtres surchargés, surnager au dessus la multitude des ambitions au prix d’un effort colossal, résister à l’horreur des dépeçages en public, se coucher tard se lever tôt, écrire des notes d’une écriture de plus en plus fébrile qui plus tard fera des ordonnances illisibles.
Il est devenu interne vieilli de quelques années et usé de quelques batailles. Je le suppose, mais pour que chacun le dise médecin il a bien dû être interne. On ne va pas le soupçonner d'avoir sauté la case interne. Pour un salaire de misère, il a passé des nuits à veiller des malades, à attendre dans son couloir verdâtre écaillé qu’ils appellent au secours, pour les soulager souvent pour les sauver peut-être, car il faut bien glorifier le personnage et que tel est l’interne des urgences.
La chance aidant, des rencontres favorables ont dû lui permettre de gravir les échelons sinon du savoir du moins de la hiérarchie, ici aussi il y en a une, et le voici médecin inscrit sur les tablettes parmi les grands médecins. Parfois il cause dans le poste, il parle à la télé, il écrit dans le journal, il lui arrive même encore de soigner des gens quand il a un créneau. On l’appelle professeur. Il parcourt les kilomètres de couloir verdâtre écaillé entouré d’une cohorte révérencieuse. On m'a dit qu’il sait repérer un début de cancer du pancréas à 100 mètres. Il serait plutôt pédiatre. Qu’importe, il aurait pu aussi bien être gérontologue. Il lui faut bien une légende.
On m’a dit qu’il entre dans la chambre du malade, du patient car il faut l’être quand on est malade, qu’il jette un œil sur l’écran qui défile et sur la feuille au pied du lit, qu’il fait un savant discours pour expliquer haut et fort pourquoi ce malade ne passera pas la semaine, et qu’il sort pour aller voir le 112, à moins que ce soit le 427 ou le 888. Les numéros de chambre sont très utiles dans l’organisation d’un hôpital, le nom des malades impatients est une perte de temps. Comme un seul homme, la cohorte studieuse replie ses notes fébriles de plus en plus illisibles. Pour prouver qu’on est grand médecin, il faut écrire en illisible. Tout a été dit en trois minutes, sauf un bonjour et un au revoir au malade qui n’est pas sourd.
Je crois ce qu’on m’a dit, car j’ai vu ses semblables.
mardi 12 septembre 2006
15. THE MAN I LOVE (7 billets). #1/7: Introduction.
Soixante-sixième jour : Introduction.
Je crois que je vais laisser dire le moine, sans lever un
sourcil. Pas d’italiques, pas d’effet d’annonce, pas de décryptage, pas de mode
d’emploi. Il vous faudra jouer tout seuls avec le Moine bougon et marmoneux.
Novembre 2003.
Un énorme rocher est tombé là, juste devant la locomotive, et comme je n’allais pas très vite j’ai pu m’arrêter sans dommage. Bien obligé, j’ai charge d’âmes et je ne vais pas me ruer en avant alors qu’un obstacle me barre une route qui n’est pas mienne. C’est plus fort que moi, je dois m’arrêter et casser le monolithe, réparer les rails de mon histoire. Je resterai immobile tant que ce travail ne sera pas accompli, que ceux qui me conseillent l’ignorance et l’indifférence au fallacieux prétexte que ce n’est pas mon chemin passent le leur.
L’histoire du monde et Héraklite ont tout leur temps, mon bloghumeur peut attendre. Ce n’est pas grave d’attendre, je serai le derviche qui tourne autour de son piano comme un ours qui grommelle. Comme personne ne vient ce sera moi seul qui m’y colle ; les survivants de l’été se sont mis au frais et plus personne n’en parle. A moi de frapper le granite froid, il faut que je réduise sa malfaisance en arène, il faut que le néant retourne au néant.
Nous pourrons ensuite reprendre le chemin.
Alors voici.
