MON NOM EST THEOLONE

Les chroniques de Théolone. Chroniques anachroniques d'un moine inconnu au bataillon sur la vie comme elle va. Banalités et lieux communs en pagaille.

dimanche 30 décembre 2007

21.10. Apocalypse et péroraison.

Cent-douzième jour.

Apocalypse et péroraison.

Essoufflé, le Moine ne va pas tarder à retrouver le silence.

Il n’y a qu’à ma table qu’ils sauront se réconcilier tous, se concilier. Le professeur de droit a beau vitupérer, il a beau détruire en quelque mots ce que des millénaires commençaient à peine à envisager, je mets le couvert. Je ne perds pas espoir sans la tourmente qui ne fait que commencer. Si quelque part dans la poussière soulevée dans le cri du vent existe une table dressée, un jour ils s’y assiéront, et l’heure ne sera pas à parlementer, l’heure sera à boire l’anisette pure, avec ou sans glace.

Le professeur de droit continue son manège. Increvable, le bon professeur.

Que l’Europe est devenue un espace d’oppression, de dictature.

Que la pauvreté y règne en maître.

Que la guerre civile ravage ce continent.

L’apocalypse, voilà ce que le tenant du OUI, à ce qu’il paraît, prédit au tenant du NON. Lui, le tenant du NON, il est déjà dedans, c’est mieux. Je me demande parfois pourquoi tant de monde veut rejoindre cette Europe maudite si horrible à voir, tant de monde serait donc à ce point aveugle que les professeurs de droit ne parviennent pas à les convaincre du danger ? L’apocalypse, en tout cas, n’est pas là où l’on prétend qu’elle est, mais elle pourrait bien advenir par la grâce de leur NON victorieux.

Une apocalypse en forme de lendemain qui chante, comme toujours. Nous en reparlerons dans deux ans. Avant d’aller cacher ma honte, je voudrais dire deux mot de ce professeur sur qui j’ironise trop pour être honnête. Enfin, lui, je veux dire.

Il est enseignant. De ce point de vue, je lui reconnais des vertus de pédagogue extraordinaire, d’avoir réussi à hypnotiser des milliers d’internautes et à travers eux d’autres milliers de convaincus d’avance. Petit détail, il n’est pas Professeur de droit, il enseigne dans un lycée professionnel divers sujets dont des notions de droits indispensables à tout futur adulte citoyen. C’est métier très respectable, n’allez pas vous imaginer que j’ironise sur des fonctions si nécessaires. Mais l’usurpation du titre est trop manifeste pour ne pas être relevée. En matière de droit constitutionnel, moi qui n’y connais rien, j’ai davantage tendance à porter du crédit à ce que dit un Badinter ou un Olivier Duhamel, qu’à ce que dit cet enseignant.

Il est spécialiste du delta-plane, ou une activité de ce genre. Je n’y connais rien non plus à cet envol, et je suis d’autant plus humble là-dessus que l’idée seule de voler ainsi me sanglace d’un coup. Mais je suis désolé de dire que ce n’est pas suffisant pour justifier d'une compréhension fine du mode de fonctionnement d’une constitution. Le raisonnement à boulet rouge s’appuie en effet presque exclusivement sur de la perversion de l’usage qu’on peut faire de ce texte, et non sur sa logique constitutionnelle. La même façon de lire ferait rejeter toutes les constitutions passées et présentes de l’histoire des démocraties, à force e procès d’intention et de supposition de détournements.

Le procès ainsi est facile et la condamnation aussi, mais tout aussi facile est le procès en acquittement, et je fais celui-ci.

Il y a de l’escroquerie mentale à se faire passer pour ce qu’on n’est pas, à faire croire qu’on est parole d’évangile sous prétexte d’un titre usurpé. Naturellement, il enseigne du droit à des élèves, alors le terme de professeur de droit n’est pas vraiment fautif. A ceci près que tout ses amis internautes ont largement relayé et embelli l’intitulé au point de le transformer en Professeur de Droit de l’Université de Marseille, tu vois l’opération, ses amis ou bien ses lecteurs convaincu d’avance, qu’on ne me soupçonne pas de soupçonner un complot bien orchestré, et si chacun a su depuis que ce sont bien ses amis qui ont amplifié la rumeur, qu’y puis-je ?

Il n’en fut que plus crédible, le bon professeur, et plus cru. Tant pis pour l’incompétence d’Olivier Duhamel et de Roger Badinter réunis, pour ne nommer que deux contradicteurs un peu connus et assez compréhensibles et cohérents dans leurs discours, face aux propos bibliques de notre escroc. Encore une fois, la question n’est pas celle du diplôme ou celle du pignon sur rue, mais celle de l’usurpation, qu’elle soit innocente ou organisée. J’ai l’outrecuidance de la considérer comme organisée.

Fini d’écrire le 28 mai 2005, à 23h32.

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jeudi 27 décembre 2007

21.9 - Le fils prodigue et ces fous de romains #3.

21.9.3 – L’ordre règne.

Celle-là, je ne m’y attendais pas. Je crois bien que le Moine a été surpris de sa propre logique. Mais je sens que cette surprise lui plaît. Il ne va pas tarder à sortir son Marx, celui qu’il n’aime pas trop mais dont il ne peut se passer, je vous le dis mais n’allez pas le répéter.

De l’ordre dans la maison, je te dis. Que serait le marxisme internationaliste, puisque tu t’en réclames, s’il n’y avait un capitalisme internationaliste ? As-tu lu le philosophe, au moins ? Il avait compris que la lutte ne pouvait s’arrêter à une frontière et que de part et d’autre il fallait se relever les manches. C’est pour toi que je l’invoque, parce je sais ce que je dois à Marx et je sais que je ne le rembourserai pas.

Relever les manches. La frontière elle-même porte parfois ce nom.

Ce sont les eaux du Tigre et de l’Euphrate qui ont fait Sumer et Babylone, et les limons du Nil l’Egypte. L’Empire Romain s’est construit pour nourrir la ville sise sur ses collines et ses marais ; tu vas me dire que ce fut au prix d’incalculables pillages et hécatombes, et les sabines, et Carthage, et j’en passe. Oui madame, tu en passes et je connais l’histoire. Nous causons de citoyenneté européenne, impériale, universelle. Pour rendre le pillage compatible avec la civilisation, les romains derrière le bruit de bottes de leurs légions, ont compris que tous, au fur et à mesure, devaient devenir citoyens romains. Ainsi seulement fut l’Empire.

Attention. Ce n’est pas une excuse pour oublier les massacres, ne détourne pas la conversation. C’est juste une explication de la durée de cet empire violent. Huit à dix siècles, ah quand même. Sans même penser à ce qui en reste encore. Citoyen romain, je suis citoyen romain, nous le disions tous en ce temps là, de Judée à Gaule, du mur d’Hadrien au fin fond de la Cyrénaïque.

Voici que pacifiquement nous tentons une nouvelle aventure jamais vue encore, et à laquelle ces romains de jadis ne sont pas étrangers. Et sous prétexte de peur, sous prétexte de services publics auto déclarés meilleurs qu’ailleurs, nous déciderons dès demain de l’interrompre, de la tuer dans l’œuf, un avortement pas du tout thérapeutique, à vif, en pleine rue, avec trompettes et chansons, et fœtus au bout d’un bâton.

Le monde n’était que tribus errantes et faméliques qui détruisaient en passant ; pour exister, il faut d’abord ne plus être ni errant ni famélique, il faut une prospérité ; l’Europe, avant de naître, doit être économique. Aux acteurs de cette économie de poser la première pierre politique ; et c’est ici, maintenant, tout de suite, demain matin 29 mai.

Au lieu de cela, chacun va partir de son côté comme à Babel, la tour s’effondrera et nous devrons attendre encore mille ans.

Comme à Babel.

FIN - Ecrit le 28/05/2005.

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lundi 17 décembre 2007

21.9 - Le fils prodigue et ces fous de romains #2.


Il force le trait, il exagère. Il se méfie de lui-même et je sais bien qu’au fond il est content de tout ce monde chez lui. Il trouve que c’est un peu le bazar dans la maison, et que le bruit l’empêche d’écrire, mais ce n’est pas plus grave. Enfin, je pense qu’il pense ainsi, le Moine.

21.9.2 – Les méfiances.

En procédant ainsi, précipités et distrait, ils ont choisi le meilleur moyen d’attiser les méfiances, les rejets, les haines, et de réveiller les frontières endormies.

J’exagère ? Je force le trait ? A l’instant même où s’instaure la méfiance contre celui qui a traversé les plaines et les montagnes, on entre dans la logique des peurs et des chasses à l’homme. Derrière son discours juridique, le professeur a instauré cette méfiance, bien plus que celui qui voulait mettre en état sa maison avant l’arrivée de ces voisins.

Stigmatiser la liberté des échanges sous prétexte de combat contre, comment dit-il déjà le bon professeur, l’ultralibéralisme, revient à ignorer qu’aucune civilisation n’a existé sans société marchande, sans échange, sans circulation, et refuser d’accepter l’idée que les solidarités économiques qui se mettent en place ne concernent pas seulement le ci-devant grand capital, mais bien plus encore tous les acteurs de cette vie, c’est-à-dire nous tous.

En définitive, ce combat faussement révolutionnaire est le plus xénophobe des combats.

#3 à suivre.

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vendredi 14 décembre 2007

21.9 - Le fils prodigue et ces fous de romains.

Cent-onzième jour.

Il a vu venir les insultes. Il ne pourra répondre à toutes. L’une d’elles le rend particulièrement malheureux, alors d’avance il y répond.

21.9.1 – Le club des dix à douze.

Le 28 mai 2005

Tu mets en évidence une contradiction qui t’apparaît et qui te fait rire, histoire de me clouer à ton pilori. Je vais donc m’expliquer encore sur ce point, avant de nouvelles aventures.

Tu m’opposes, avec cette ironie cinglante que je connais bien, mon hostilité à l’arrivée chez nous des douze pays qui après quarante ans de malheur se sont affranchis du joug totalitaire. Tu m’en assènes la preuve, tout ce que je viens d’écrire. Mon accord pour ce texte serait ainsi la volonté de l’empêcher de venir dans la maison. Mes enthousiasmes européens ne sont que billevesées et prétextes, n’est-ce-pas ?

Je passe sur l’ironie involontaire du reproche quand ce sont des communistes qui me le font, ces vieux amis dont je ne puis me défaire de l’amitié nouée depuis longtemps mais desquels m’ont toujours tenu séparé les discours sur le globalement positif, vous vous souvenez ? Je reconnais volontiers ma très grande hostilité à cette arrivée massive de dix puis douze pays ans lancée dans un consensus distrait et enthousiaste sitôt le mur chu, une histoire de préparation mal faite, une affaire de charrue avant les bœufs dont tout paysan vous dira que le fonctionnement n’est pas des plus performant, ce mot est à la mode.

Non. Je veux les accueillir chez moi, chez nous, dans cette étrange maison dont personne n’avait eu encore l’idée depuis le début de l’histoire de l’humanité, pour autant qu’on s’en souvienne. Je suis même au-delà de cette idée d’accueil, je ne comprendrais pas qu’ils ne fassent pas partie de la maison, ils en sont déjà une part essentielle.

Mais voilà, tout comme le fils prodigue est accueilli avec le veau gras mais surveillé de près pendant quelque temps, il était nécessaire de préparer le terrain, la chambre d’amis, qu’elle devienne lieu définitif d’habitation. Ils devaient se préparer, avoir un peu de temps pour cela devant la porte, « draussen for der tür », afin que nous même nous puissions aussi être prêts, avoir fait les lits, changé les draps, balayé devant la porte aussi, et préparé le festin.

Comme rien n’a été préparé, ils vont entrer à la sauvette, presque honteux, presque comme des voleurs, et nos gouvernants vont se prêter à cette pantalonnade parce qu’ils ont peur de vous, les NON. Il n’y aura pas de festin, il n’y aura pas de fils prodigue, il n’y aura que des affamés pressés et des spectateurs abasourdis. Mes amis ne me regarderont pas dans les yeux de peur d’y voir mes questions, de peur de perdre une bouchée, ils cesseront d’être mes amis si je n’y prends garde et si j’oublie qui je suis.

#21.9.2 - à suivre.

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lundi 26 novembre 2007

21.8 - L'histoire du professeur de droit #3.

21.8.3 – La vie en rose.

C’est l’heure de Cassandre.

Bientôt arrivent dans notre maison le club des pays assoiffés, pour qui le seul mot de Gauche renvoie à de cruels souvenirs proches. A tord ou à raison, l’amalgame est durable chez eux. Si nous disons NON à ce nouveau texte, la chance d’améliorer les règles et de sortir peu à peu de la situation actuelle sera durablement compromise. Vous voyez les polonais accepter la laïcité incluse ce texte fondateur, et la Grande-Bretagne avaler la charte des droits fondamentaux, et la Tchéquie envisager un contrôle des conditions de travail, et la Roumanie se soumettre au droit du travail des pays où ses ressortissants viennent travailler, alors que le NON leur aura laissé le droit de veto ? Avec le nouveau texte et tous ses défauts, ils seront bien contraints de l’accepter avant d’entrer, ne serait-ce que pour ces défauts, justement, sinon ce sera terminus tout le monde descend.

Terminus. Tout sera bloqué pour longtemps, encore heureux si les avancées du texte restent encore dans les mémoires dans deux ans d’ici. Parce que, pire que tout qui nous pend au nez, sera que pour débloquer l’inévitable blocage européen qui suivra le NON qui se prépare, nos dirigeants trop contents feront la courbette à ces exigences qui ne demandent qu’à ressurgir, la suppression de la charte, la référence à l’Europe chrétienne. Une fois accueillis, les 10 petits nouveaux sauront bien faire valoir leurs droits et leur veto. Et le capitalisme en toute liberté aura de longs beaux jours devant lui, de longues belles années.

Je n’en rajouterai pas avec mes prédictions de Cassandre, je n’évoquerai donc pas le boulevard que le NON va ouvrir à ceux dont tu ne veux à aucun prix et qui vont se repaître de pouvoir grâce à toi. Ne vas pas te plaindre de ce qui va suivre. Je préfère te laisser ricaner devant mes apocalypses annoncées, que même pas vrai même pas mal à ce que tu crois.

Alors je voterai OUI, quels que soient les mensonges du professeur de droit. Il reste une semaine.

à suivre

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dimanche 18 novembre 2007

21.8 - L’histoire du professeur de droit #1.

J’attendais avec curiosité le moment où les fiches du moine me feraient pencher sur le cas du bon professeur. Je savais qu’il savait, pour le bon professeur.

Cent-dixième jour.    21.8.1 – Homo europeanus.

Bien entendu, il est un partisan fervent de l’Europe. Axiome, soubassement, piédestal, tremplin vers les étoiles. Il est professeur de droit ; il est drapé dans sa toge de professeur de droit pour nous tenir un discours de professeur de droit, d’où il ressort qu’il est professeur de droit, ce qui signifie qu’il est irréfutable. Parce que telle est l’objectif de la pose : l’irréfutabilité. J’ai tourné dans tous les sens son discours, mais faute de disposer du savoir qu’il utilisait, je le trouvais suspect mais convainquant.

J’en étais quelque peu mécontent, mais il faut savoir reconnaître la force de l’argumentation qui dérange. Du moins tant qu’elle nous semble telle, et il faut soit se soumettre soit résister à cette force en cherchant à quel endroit se trouve l’entrée de l’impasse où nous nous sommes fourvoyés. Bien entendu, je ne m’adresse pas aux convaincus d’avance sur qui aucun discours d’aucune sorte n’agit, ils ont entendu le mot ultralibéral proféré quelque part et voilà qui leur suffit.

Face à ce professeur de droit grand européen devant l’absence d’éternel, je pesais une plume de doute emportée par le vent. Grand européen, c’est lui qui le dit qu’il l’est.

Le voici donc drapé dans sa toge. Il est professeur de Droit dûment certifié, il est européen garanti, il est objectif AOC. Comme tous les thuriféraires du NON, il est européen, c’est même à l’en croire la seule façon de montrer qu’on est vraiment ce qui s’appelle vraiment européen. Bon, puisqu’ils le disent.

Ils ne veulent pas de cette Europe là, l’Europe des échanges économiques, l’Europe des libres circulations, l’Europe de la liberté d’aller et venir d’un bout à l’autre du continent, l’Europe du voyage jusqu’à la frontière avec l’Iran, avec la Perse, avec les Sumériens, avec la Syrie. L’Europe qui caresse ses origines. Nous ne voulons pas de cette Europe-là, puisqu’ils le disent. Ils sont européens, mais ils ne veulent pas de cette Europe là. Ils veulent l’Europe des masses populaires, l’Europe d’une autre Europe st possible, l’Europe des grands mots et des grands remèdes. Et hop je la sors de mon chapeau. C’est un lapin blanc rigolo, leur Europe, qui gigote pendu par les oreilles, et hop.

#8.2 à suivre

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jeudi 8 novembre 2007

21.7 - La bataille fait rage.

Cent-neuvième jour.

Il a repris son souffle. Quelque temps sans rien envoyer. Il devait se demander à quoi bon. A quoi bon faire aujourd’hui ce qu’il n’avait su faire hier, et ce qui ne rimerait à rien au fond. La décision est déjà prise, même si personne ne la connaît encore, même si des vendeurs de discours prétendent sonder les cœurs et les cerveaux et maintenir ainsi une fausse incertitude pour mieux débattre dans le vide, et ferrailler contre le fleuve.

15 mai 2005.

J’assiste impuissant à ce déferlement de peurs qui n’osent pas se dire telles. La peur de perdre les protections providentielles dont il paraît que nous bénéficions mieux que nos voisins, ce dont je doute, nous chantons trop les louanges de notre modèle pour qu’il soit si sûr qu’on le prétend, et on saura bien le moment venu le démanteler pire que nos voisins surtout après qu’il aura été dit NON ; l’alliance avec les démanteleurs pour le dire les aidera dans leur triste mission devenue possible.

Nos voisins riront de voir que nous avons nous-mêmes cassé le jouet dont nous prétendons qu’ils nous l’envient. Nous allons casser notre jouet que tant d’appétits veulent voir disparaître au nom du combat contre ces appétits, et que le nouveau texte aurait protégé, alors que l’actuel de Nice paralyse pour toujours les meilleures volontés. Nous allons casser le code, et laisser la place à des gouvernants encore pires que les courbes et les fourbes, qui sauront bien respecter la volonté démocratique de ne pas vouloir d’un peu plus de démocratie au nom de la démocratie absolue. Nous les adoubons d’avance, ces gouvernants, ce qui ne nous empêchera pas dans deux ans de hurler au loup et à la honte.

Trop tard, mes amis de la gauche qui ne voyez rien venir, il sera trop tard. Vous faites semblant de ne pas comprendre la pente de plus en plus forte qui mène au gouffre, et de plus en plus glissante. Vient l’instant où l’on ne peut plus s’accrocher aux racines ; il ne reste plus qu’à tomber en pleurant. Vous voulez une crise, et sur ce point je vous le promets, vous l’aurez, et je l’aurai aussi. Le grand soir de nos valeurs et de notre vie. Encore le béni-oui-oui du catastrophisme, dites-vous. Tous mes amis de gauche me le disent, tu es le béni-oui-oui du catastrophisme.

Nous l’aurons tous, notre grand soir. Gratiné à point. Dans deux ans environ.

#21.8 à suivre.

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dimanche 28 octobre 2007

21.6 - Répondre à la non question.

Chaque jour qui passe apporte son lot de mensonges. Pour faire chic, je devrais ajouter éhontés, tous les mensonges autres que les miens sont éhontés. Les miens sont purs. Il subsiste pourtant des différences et il semble important au moine de dire qu’il trouve le OUI plus fréquentable que le NON.

Cent huitième jour.

Mi avril 2005. Le temps passe inexorable.

Il va falloir trier entre tous ces mensonges éhontés. Finalement, séparer les uns des autres est un travail de rat, mais instructif. Si dans chaque camp on finit par repérer les arrières pensées, les non-dits, les subterfuges des arguments, il se fait jour, une faible lumière presque invisible, une sorte de lumière fossile perdue au fond de l’univers, une vague cohérence du OUI d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, cohérence entre le OUI de moi et celui du ministre, entre le OUI du vert et celui du patron, entre le OUI de l’ouvrier et celui du boucher.

La logique naïve dont je me prévaux est que les gens de gauche vont voter OUI parce qu’ils veulent que l’Europe fonctionne afin d’y faire avancer une politique de Gauche, et que les gens de droite vont voter OUI parce qu’ils veulent que l’Europe fonctionne afin d’y faire avancer une politique de Droite. Ma logique naïve est que l’Europe qui fonctionne signifie une Europe où l’on démocratise un peu mieux qu’aujourd’hui les processus de décision pour faire avance la politique que la majorité des citoyens du continent voudront. A nous de faire en sorte d’être la majorité que nous voulons, et si nous avons peur de ce combat au motif que le champ de bataille est devenu trop grand, cessons de nous dire de Gauche.

Que voteront NON seuls ceux qui savent que plus un système est bloqué, plus on peut y faire régner la jungle, le fort contre le faible, le riche contre le démuni. Le vote NON est fondamentalement un vote de Droite, même si l’on voit des gens de droite voter OUI et des gens de Gauche voter NON. Chacun se fourvoie au nom de l’emmêlement des pinceaux.

Pour prendre un exemple, le petit nain habituellement agité du bocal reste étrangement silencieux, avec un OUI au bout des lèvres, à peine audible, quand nous savons tous à l’écouter attentivement qu’il est franchement NON. Il faut toujours écouter attentivement le nain agité du bocal. Il faudra s’en souvenir dans deux ans si l’on veut échapper à la catastrophe annoncée, si par hasard le NON l’emportait. Je dis par hasard, il est encore temps de croire à l’impossible, il est encore temps de taire la catastrophe annoncée ; si je la dis, les NON vont se ruer sur moi en me traitant de catastrophiste irresponsable et ignorant.

C’est bien une question de choix du champ de bataille, celui-ci trop grand pour certains plutôt que celui là entièrement fermé par les barrières du traité de Nice plus infranchissables que jamais, que la victoire du NON nous collerait dans les pattes pour longtemps. Choisir le champ n’est pas remporter la bataille mais se donner un moyen pour y parvenir. A défaut de ce choix encore possible, la démocratie sera sûre de perdre, ce n’est pas grave disent-ils, ce n’est qu’une vulgaire démocratie bourge, elle ne vaut pas plus cher qu’une bonne dictature haïssable façon Pinochet, voilà ce qu’ils disent, les NON. Le bon cow-boy du film se met toujours à contre-jour pour tirer plus vite que l’ombre du vilain bandit qui terrorise la petite ville de l’Ouest.

Ainsi, je m’intéresse davantage aux tenants du rejet du projet, dont je sens bien qu’ils montent vers le haut du pavé, il ne reste qu’un peu plus d’un mois et nous y sommes. Rendez-vous le 29 mai et dans cinquante ans.

La philosophie a de quoi se retourner dans sa tombe devant le phénomène, tant de raisons pour faire le contraire de ce que ces raisons incitent à faire. Mystère de la mathématique référendaire, ou plutôt implacable logique de cette mathématique là. On additionne des choux et des carottes, des dotes et des antidotes, des chemises brunes et des chemises rouges, et on trouve un nombre plus grand qu’en additionnant des positifs, du torse nu au col blanc, du col bleu à la dentelle du Puy, hétéroclites eux aussi mais au moins cohérents pour une Europe qui fonctionnera mieux.

Oui monsieur, en se donnant une meilleure chance on prend le risque d’en donner une meilleure aussi à l’adversaire. Mais non monsieur, car dans ce cas précis le pas en avant est plus grand pour les assoiffés que pour les nantis. De peu mais plus.

#21.7 à suivre

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vendredi 12 octobre 2007

21.3 - Répondre à la question.

Vous avez compris maintenant ; il s’agit du débat sur OUI ou NON. Un binaire sinon rien. Ne viens pas m’expliquer que ce débat est dépassé, ringard, hors sujet, arsenic et vieilles rengaines, je sais et la cause est entendue. Le moine avait pourtant écrit des fiches en ce temps là passé, que personne n’avait lues et que je redécouvre étonné sorties du fond d’un tiroir de toile d’araignée pas nette. Je comprends mieux pourquoi il a commencé cette liasse en faisant semblant de parler d’autre chose, comme pour préparer son terrain.

Cent cinquième jour.


Il ne faut pas tourner autour du pot de vin : dans un débat binaire, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, il faut se déterminer pour le noir ou pour le blanc. On ne peut pas chipoter entre un ouimais et un nonquoique, entre un nonsi et un ouisauf. Tous mots inconnus de Monsieur Persopointdic. Le choix procède-t-il d’une origine souterraine dont le débat servira à confirmer la valeur, à donner une bonne conscience, ou bien résulte-t-il du débat avec toutes les hésitation préalables, passage de l’un à l’autre selon le temps qu’il fait, le dernier argument entendu, la force convaincue de celui-ci ou les bafouillis de celui-là ?

Chacun me répondra qu’il a mûrement réfléchi et longtemps hésité, mais que au bout du compte la rationalité pure seule l’a conduit à voter NON, pour prendre cet exemple j’aurais pu choisir OUI sans rien changer au fond de ce que j’écris sinon un arrière plan de ce qui s’annonce, tout n’est que manipulation vous le savez bien, la rationalité, soit.

Tout le monde ment. OUI ou NON, le choix est préalable, ce qui signifie qu’il n’est pas choix. L’obscure montée des envies de voter NON date de bien avant le jour où j’ai reçu au pied de la porte de ma chapelle l’opuscule donnant l’intégralité du texte du traité valant constitution ; tu l’avais compris, j’imagine, qu’il s’agissait de cela, non ? Non ? Alors je te l’écris : il s’agit du référendum, en cours de débat pendant que j’écris n’oublie pas la date, sur la validation par la France du traité constitutionnel sur l’Europe. Ne pas oublier la date où j’écris, j’ignore quelle sera la date où ces mots seront libres d’être lus. Faut-il voter constitutionnellement ou anticonstitutionnellement ?

C’est peut-être la seule fois de ma vie que je pourrais utiliser ce mot long, alors je ne vais pas gâcher ma chance, au prix d’une approximation sémantico juridique, et je fais ce que je veux.

Il suffit de voir comment chacun invective chacun pour comprendre que les décisions sont prises avant de penser et non l’inverse et que la pensée ultérieure servira seulement à clouer le pilori et le bec, et que les derniers soi-disant hésitants à supposer qu’ils le soient vraiment répondront à une autre question que celle posée, du genre êtes vous pour ou contre le gouvernement actuel, êtes vous pour ou contre l’actuel Président de la République, regrettez-vous les résultats du 21 avril 2002, et voulez-vous prendre votre revanche à l’occasion de ce référendum qui pourtant n’a rien à voir ? Voilà les questions auxquelles les hésitants de dernière minute vont répondre le 29 mai prochain.

Expliquer ici à quel point je réprouve la notion de référendum, à quel point je trouve qu’il n’y a rien de moins démocratique que le choix binaire, sinon peut-être un coup d’Etat Militaire qui, s’il est un peu différent dans la forme, est exactement semblable sur le fond. Le seul fait de poser la question de l’origine du choix suffit à disqualifier qu’il faille répondre OUI ou NON à un texte complexe, nuancé, qui est l’issue d’un gros travail entre gens de bonne volonté mais d’avis très opposés.

J’oubliais l’essentiel, le mot de passe, la clé du code : ma réponse à moi sera OUI.

#21.4 à suivre.

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lundi 8 octobre 2007

21.2 - La haie et non la soie.

J’ai cru un instant qu’il allait nous parler de politique, le Moine, et le voici qui gambade dans l’élégie rose. Je me méfie de ces dérives, elles m’emmènent là où je crains qu’il ne veuille nous emmener, dans la politique précisément, et la plus immédiate, la plus quotidienne, la plus triviale, la plus fatigante, cette politique de coupeurs de bec et de slogans définitifs. Il va se jeter dans la mêlée, avec sa robe fraîchement lavée. Il me déçoit, le Moine.

Cent-quatrième jour.

Je vais écrire sur la politique, non par de grands universaux nobles et confondants du genre Montesquieu Machiavel ou Clausewitz, je ne suis pas de taille, mais sur la politique du mauvais bout de lorgnette, avec le débat du jour ou de la veille, avec slogan définitif et coupage de bec en tous genres. Ma robe est sale déjà, qu’importe si je l’empoussière dans l’arène à m’y rouler seul, car au fond je sais bien que tu liras tout ceci trop tard, je jetterai ma bouteille à la mer à marée montante et à contre-courant pour en être sûr. Nous sommes en avril 2005 et le printemps me fait perdre la boule et le sens du devoir.

Je ne sais pas ce qui va sortir des élucubrations de tes batteurs d’estrade, ni les appâts qu’ils te tendront pour te conduire à leur bon côté du choix binaire, mais je crains le pire et le temps d’écrire ce chapitre, sans songer seulement à la vitesses des courants, le pire sera arrivé, l’alliance monstrueuse aura eu lieu entre l’égoïsme et la peur, entre la fermeture et le refus, entre la fuite en arrière et le rempart d’argile. Entre ceux qui préfère respirer leur air vicié de peur de l’air pur mais glacé du dehors, et ceux qui préfèrent le chaud de l’immobilité à la chaleur de la course éperdue, de la fuite en avant.

Je vais écrire une sorte de journal de la marche au précipice, je vais tenter d’aligner jour après jour comme on enfile les perles, les énormités qu’ils profèrent et que je profère, pour ainsi espérer les exorciser en me faisant mentir. Je me demande quelle mouche me pique, Magass Magass, de me mêler d’un quotidien grotesque qui sera oublié depuis longtemps quand vous lirez. Parce que je rêve que cet oubli m’aura fait mentir, et que je veux qu’on sache que je le savais, moi, qu’on oubliera jamais ce que nous allons en chœur tous décider, puisque la règle légitime veut que la décision des plus nombreux est la décision de tous.

Pour les sourcilleux grammaticaux, j’ai bien écrit la haie et non la soie.

#21.3 à suivre.

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Posté par andremriviere à 22:22 - CH.21 - OPHTALMOLOGIE. - Commentaires [1] - Permalien [#]
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