LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

mercredi 23 novembre 2016

109 - Quatrième jour : Entrer dans la cité #1/4

1. L'empereur des cyniques

J’ai trop péroré sur le sous-Diogène d’aujourd’hui, le pâle imitateur. Lui et ses groupies m’avaient agacé et j’ai perdu du temps. Ce fut une sorte d’entrée en matière, un angle d’attaque, mais maintenant il me faut passer au plat de résistance, il faut que je m’occupe de l’original plutôt que la copie, m’en prendre à Diogène lui-même. C’est une bien autre affaire qui m’attend : Diogène n’est pas de ces imprécateurs de salon et de pavillon frisquet. Loin s’en faut. Autant les imprécateurs d’aujourd’hui sont futiles, autant je respecte Diogène en le combattant. Non seulement le combattre mais le vaincre, lui faire mordre la poussière, et pourquoi pas l’anéantir, lui et ses postures.

J’ai les yeux plus grands que le ventre, mais ce ne sera pas faute d’essayer.

Diogène fut le premier, le premier connu, à récuser l’homme en tant qu’être supérieur. Il lui a assigné un statut strictement animal, comme par exemple le chien. Pourquoi le chien je ne sais, mais il s’agit ici de cynisme alors pourquoi pas le chien. Il se trouve que je ne rejette pas cette idée-ci que l’homme n’est ni plus ni moins qu’un animal, qu’un chien. Mais je refuse de voir dans cette idée une bonne raison de mépriser l’homme en tant que tel ; nous sommes tous de ce drôle d’animal là et ce qui me différencie de Diogène est ce constat que, moi qui t’écris, je suis un homme et non un chien. En cela l’homme m’est plus précieux que le chien, en cela seulement, définitivement. Ni supérieur, ni inférieur, précieux.

Il fut aussi le premier à refuser la société des hommes, non tant la société de son temps que l’idée même de société, toute société humaine. Il a revendiqué l’animalité exclusive et ostensible comme seule condition de l’être, il a revendiqué l’absence totale de sens à être. Il a revendiqué sa chienne de vie de chien. Mais derrière la séduction et la radicalité, il y a un oubli fondamental : presque tous les animaux, à commencer par les chiens et par l’homme, n’existent que par leur vie en société. Accorder à chacun une individualité unique est indispensable, mais ne suffit pas, cette individualité unique ne prendra son envol qu’au milieu des autres individualités uniques que sont tous ses semblables différents ; l’envol en sera contrarié, plus ou moins, mais il aura lieu. Contrarié mais possible, tout est là. Tu ne voleras jamais seul dans ton coin. Qui es-tu pour te croire au dessus de ta contingence ?

Mon petit cerveau de moine a pauvrement tenté d’écrire ce que Diogène n’a jamais pris la peine de formuler. Pour qui l’aurait-il fait ? C’est la cohérence même de Diogène de se taire, discourir serait donner de l’importance à qui n’en a pas à ses yeux : l’homme que je suis en particulier, nous tous en général. A-t-il écrit, a-t-il laissé traités et discours ? Non. Quelques invectives devenues célèbres, quelques accessoires, lanterne et tonneau, toutes ces choses que l’on raconte. Rusé, le bougre, laisser faire le bouche à oreille, économie de paroles pour une célébrité millénaire, et me voici encore aujourd’hui obligé de le réfuter maladroitement.

Réfuter un discours qui n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais, en reformulant et donc en déformant ou, du moins, en donnant prise à l’accusation de déformation du propos véritable, le piège est béant devant moi et je m’y précipite. Comment sinon se défendre contre cette marée montante de haine que l’on percevait alors et qui envahit notre horizon. Il faut réfuter et tant pis pour les accusations faciles. Si mes déformations ne conviennent pas, alors que l’on reformule à l’envi ! Et quand viendront ces autres reformulations, je continuerai à réfuter. Je le réfute, cet animal d’homme, sans discontinuer.

à suivre #2/4

Posté par andremriviere à 19:03 - 103 - CH.01 . Played Twice - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires sur 109 - Quatrième jour : Entrer dans la cité #1/4

Nouveau commentaire