LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

lundi 17 juillet 2017

123 - Douzième jour #2/4 . Une affaire de genre (#2/4 Mais il me fallait un tremplin)

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2/4. Mais il me fallait un tremplin

Néanmoins je postule. Je postule que cette donne biologique est pour nous mâles une chance. Je la vis telle. On va me vanter les mérites de la grossesse, les joies de l’accouchement, l’exaltation de la maternité. Je laisse dire, moi je ne me vois pas traverser les neuf mois pour aboutir au cri primordial. J’observe dans ma petite lorgnette toute leur vie durant les femmes se confronter aux désagréments de leur condition animale, et je me dis que je me sens bien mieux en mâle, parce que mon quotidien à moi est plus confortable.


Au lieu de s’en réjouir, et de tenter d’apporter un peu de baume à la condition des femmes, le mâle a transformé sa chance en malédiction dont il lui faudrait se venger. Ce confort biologique, qui lui permet toutes les imprudences les soirs de vague à l’âme sans mettre en question le reste de sa vie, il l’a associé à un doute fondamental et définitif : il ne sera jamais certain d’être père, c’est-à-dire immortel. Et à ce moment précis commence la férocité : au lieu d’être beau joueur, l’homme n’a eu de cesse de déposséder la femme de son éternité à elle au nom de la petite graine.

Les ruses des constructions sociales pour y parvenir sont innombrables ; je lis les livres d’histoire, je feuillette les journaux, j’entends la radio, je trouve un vieux grimoire où l’on parle de nos ancêtres grecs, syriens, persans, indiens ; je subis des conférences sur des sociétés englouties. Partout dans le monde, où que j’aille dans le temps et dans l’espace, tout autour de notre vieille planète essoufflée, je n’observe que domination de l’homme sur la femme par mille stratégies de mise en dépendance et de soumission, jusqu’à la négation d’être, un état de non-état.

Il y a bien eu cette nouveauté de la belle hélice ; ma théorie s’évanouit devant la science. Pourtant je la maintiens. Des millénaires de vieux prétextes ne vont pas se dissiper devant un génome, un microscope, une goutte de salive. Il est vrai que depuis moins de cinquante ans l’abominable incertitude est en mauvaise posture, et c’est une bonne nouvelle. Il faudra du temps pour que nos esprits testostéronés s’apaisent de savoir qu’ils peuvent savoir. A condition bien entendu d’être sûr que le laboratoire soit sûr, qu’aucun complot ne soit ourdi, et que le papier de garantie soit authentique. Finalement, nous resteront toujours tributaires du bon vouloir de quelqu’un.

Je ne suis pas venu ici pour stigmatiser les pratiques que l’on dit archaïques. Je ne vais pas jouer les donneurs de leçons à tel pays montagneux d’Asie où à tel désert africain, bien qu’il faille sans cesse combattre les tentations et déjouer les ruses. Mais je connais la force et le danger de l’argument culturel, sa perversité, et je sais que le poids des traditions, loin d’être un lien social, permet de perpétuer des injustices insupportables en lui donnant une couleur honorable.

Il suffit de rester devant chez soi, devant sa porte, à son bureau, dans les rue de nos propres pays pour voir comme la tradition pèse aussi de tout son poids, jusqu’en nous-mêmes.

#3/4 à suivre

Posté par andremriviere à 23:54 - 121 - CH.03 . Little Rootie Tootie - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur 123 - Douzième jour #2/4 . Une affaire de genre (#2/4 Mais il me fallait un tremplin)

    Pour ce "j'aime" utilisé, validé, coché, récupéré pour le faire effacer par d'autres, pas de mots non plus.

    Posté par Edith, mardi 18 juillet 2017 à 11:22 | | Répondre
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