LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

dimanche 24 mai 2020

328 - Cinquante-huitième jour . Cet homme est complice

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4.

Les comptes sont au rouge, disent les calculettes. Le baron, grand chef du pays, et son premier domestique à l’échine courbe peuvent être fiers de leur recrue ministre-médecin. Ils s’en méfiaient un peu au début mais maintenant ils pavoisent, ils font leurs additions et leurs soustractions, il y a vingt-mille retraites en moins à verser. Il n’y est pas pour rien, le médecin-ministre, complice d’entre les complices.

Tous ces vieux envolés dans la chaleur de l’été, il aurait probablement fallu les payer encore trois, quatre ans, plus peut-être, il en est qui s’accrochent. Je n’invente rien, la plaisanterie parcourt les lambris de ce qui reste de la république. Elle a même fait rire le baron. Et par un tour de passe-passe caniculaire, tout ce petit monde coûteux a basculé dans l’autre. Pour éviter les soupçons, on montre du doigt les familles de mauvais citoyens qui abandonnent leurs vieux pour se dorer le recto-verso au soleil des vacances, et il a tapé dur cette année le soleil des vacances. On pourrait presque faire porter le chapeau aux congés payés et autres réductions du temps de labeur, depuis Léon Blum et sa clique jusqu’à Martine Aubry et sa claque ? En voilà une bonne idée ! Depuis le temps qu’on rêve de le casser, le code du travail, ne serait-ce pas un bon départ ?

On trouvera mieux plus tard, mais ce n’est pas mal pour commencer. Une bonne dose de culpabilité pour préparer les esprits aux réformes. Oui, je crois bien que c’est ce mot là qu’ils utilisent, réformes. Courageuses, il y a aussi ce mot. Mesures courageuses. Mais qui devra avoir le courage d’affronter les conséquences de ces réformes ? Est-ce courage de déshabiller Pierre le pauvre pour habiller Paul l’encore plus pauvre, est-ce courage de faire payer les autres, est-ce courage de rester entre soi sous les lambris dorés ? Pourtant les voici qui donnent des leçons à grands coups de nouvelles solidarités entre générations, trois petits tours et puis s’en vont. Le baron perché et ses ministres courbés s’imaginent nous faire oublier qu’ils furent, pour des raisons de grande comptabilité nationale, les premiers à détruire les solidarités anciennes qui, à elles seules, auraient coûté moins cher et évité l’hécatombe. Ce ne sont pas eux qui payent mais nonobstant ils n’ont pas peur d’utiliser le mot de courage.

Et petit plaisir final, cerise sur le gâteau, on punit les mauvais citoyens c'est-à-dire nous tous, paresseux égoïstes, en ôtant une journée de repos sous prétexte d’arroser les vieux en été. Ce plaisir là nous a valu la réforme la plus comique de toute l’histoire de la république, et peut-être même de la royauté qui avait précédé, la réforme que le monde entier nous envie, la suppression du lundi de pentecôte.

La bonne nouvelle, monsieur le grand chef, est que je suis égoïste et paresseux.

La mauvaise nouvelle, monsieur le grand chef, est que je compte bien le rester.

Tant qu’un seul chômeur cherchera du travail en vain jusqu’à mourir de honte, il est indécent de prétendre réhabiliter le travail, monsieur le baron, monsieur le premier des courbes et des fourbes, monsieur le ministre corse. Trouvez-leur du travail, ensuite on pourra examiner s’ils se reposent assez ou non. Celui-là même qui grandiloque sur l’effort de tous est celui qui a relancé la machine à chômeurs et qui ne bougera pas le petit doigt pour en ralentir l’emballement.

On ne peut rien faire, dit-il, sauf attendre la reprise, la croissance, mot magique et définitivement déchu, comme d’autres attendent Godot. A propos de petit doigt, j’étais en train de l’oublier le médecin ministre, qui a bien mérité de la comptabilité régnante. Il lui reste encore un petit goût de reviens-y, à ce complice de leurs turpitudes, là-haut. Alors j’y reviens, après ce léger détour dont j’avais besoin.

Posté par andremriviere à 23:52 - 324 . CH.13 . The Man I love - Commentaires [0] - Permalien [#]

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