LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

jeudi 4 juin 2020

330 - Soixantième jour . La démission

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Démission de ministre ? Je ne demande pas la démission du ministre, ce serait vain et je sais qu’on veut le garder en haut lieu pour le bon travail accompli au service du baron et du courbe. Un ministre n’a qu’un temps, et son pouvoir de nuisance s’arrêtera tôt ou tard. Plus ce sera tard, plus ce sera dans l’opprobre. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de mettre tous les ministres de tous les temps dans le même sac. Je laisse cette facilité à d’autres trop prompts à jeter la démocratie avec l’eau du bain. Mais il est des démissions qui devraient s’imposer sans le dire, pour l’honneur du démissionnaire.

Cependant pour être ministre on n’est pas moins homme et ce n’est pas démériter que reconnaître sa défaillance ; s’accrocher est une autre chose, faire mine d’ignorer qu’après un mauvais coup, une lâcheté, une fuite, une faiblesse, il vaut mieux s’effacer, le voilà, le déshonneur de ministre. Mais il était au dessus de ce déshonneur là et son miroir le matin ne lui renvoyait pas sa véritable image. Alors soit, qu’il reste ministre jusqu’au prochain caprice du baron, il est rare qu’on se refasse une santé, même quand on se croit médecin et la boue saura le retrouver. Ainsi le bon docteur ministre de piston se croit hors des contingences et d’ailleurs, sa conscience est pour lui, ne l’a-t-il pas dit ? Tant que ses maîtres le garderont il le sera. Peu m’importe qu’il le soit ou pas, ministre, le bon docteur.

Démission de Corse ? Il est de bons Corses et de mauvais Corses, comme de tout. A eux de faire le tri et de décider qui mérite de l’être et qui doit être chassé. Bon ou mauvais comment savoir qu’on l’est d’ailleurs, qu’on soit insulaire ou continental, francophone ou maltais, faucon ou colombe ? Simultanément l’un et l’autre, ou en alternance, l’un ou l’autre selon la lune et les étoiles. En revanche, on est ou on n’est pas Corse, Parisien, Breton, Aquitain, Picard. On peut même être un peu de quelques, un peu de chaque, mélange des genres et identité floue.

Je ne suis pas Corse, ni de près ni de loin. C’est pourquoi je ne demanderai pas au bon docteur de démissionner de Corse, peuple, île, terre, population, province ou pays, et je ne demanderai pas aux corses de décider s’il est ou n’est pas des leurs, c’est une affaire entre les corses et le bon docteur dont je ne me mêlerai pas.

Tu ne démissionnes pas de ce d’où tu viens. Tu le caches ou tu le proclames, tu le revendiques ou tu le nies, mais tu n’en démissionnes pas parce que ce que tu es ne démissionnera jamais de toi. Mais les tiens peuvent te bannir, ne l’oublie pas.

Le bon docteur pourra donc dormir sur ses deux oreilles, même si dans l’île certains l’éviteront désormais. Il pourra paisiblement jouir de sa voiture de prestige et des gyrophares qui l’accompagnent, des avions réservés et des places gratuites, des tapis rouges et des dorures républicaines, il doit bien rester un peu de dorure dans cette république. Je ne trouverai rien à redire qu’il se prélasse et se pavane dans les dorures, le bon docteur.

Il peut dormir tranquille sans craindre l’impuissante colère du citoyen minuscule que je suis. Je suis rentré chez moi et j’ai tourné la clé dans la serrure pour enfermer mon icône. J’ai passé mon énervement sur quelques bougies à moitié fondues. Et je me suis endormi. J’ai tort de m’énerver inutilement car j’ai fait un rêve. Le bon docteur a su, dès le lendemain matin après avoir bien dormi lui aussi, il a su et vu ce que l’homme qui se rase dans son miroir n’est plus : dans son dernier sursaut d’honneur, il aura démissionné de médecin.

Posté par andremriviere à 00:06 - 324 . CH.13 . The Man I love - Commentaires [0] - Permalien [#]

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