LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

lundi 26 février 2018

135 - CHAPITRE CINQUIEME . LAISSONS-NOUS ALLER (Dix-huitième jour)

Dix-huitième jour. Contemplation

La terre que je contemple depuis mon observatoire est calme, le paysage s’étend en une paisible apparence.

Pourquoi rien ne m’y alerte sur les forces souterraines à l’œuvre, sans lesquelles ce paysage même n’existerait pas pour être contemplé ni moi pour le contempler, je le sais je l’ai appris on me l’a dit, mais par lesquelles un jour, dans une minute, dans une heure ou un millénaire, il va exploser en poussières. Faut-il en faire tout un plat, de ce court moment de répit qui m’a permis de penser, trouver des causes et des immanences, ou bien se contenter de penser avant qu’il soit trop tard ?

L’immanence attendra. Je ne perdrai pas de temps avec elle. Il y a déjà beaucoup de poussière, dans le paysage. Un peu de sécheresse, un chouia de vent, et l’horizon se trouble au passage des camions, des moissonneuses, des troupeaux. Ce pourrait même être la poussière d’amiante, celle de derrière la colline par chez moi, qui ronge les plèvres.

1999

Poussière, poussière, l’éternité frappe à la porte et il faut tout recommencer. Voilà plus de trois ans que je noircis mon carnet de phrases définitives ; je m’étonne de ne pas me trouver ridicule, je change un mot ici ou là, mais les idées je les garde comme je les ai couchées et comme elles reviendront sans doute au hasard des méandres. Il ne faut pas recommencer.

Il faut poursuivre. Il n’y a jamais d’impasse et s’il faut je creuserai avec mes ongles dans le mur du fond.

Il y a un projet dans ce que j’écris, assis devant ma chapelle, dans mes élucubrations voyageuses et mes annotations disparates, dans mon effort à leur donner une apparence. Je serais le plus heureux des moines si, à cet instant, je pouvais attribuer un titre à ce projet et lui assigner un objectif explicite. Démontrer ceci, résoudre cela, organiser le monde ainsi, et sauver la planète au passage. Quelques unes de mes marottes sont passées dans mes paragraphes, Diogène, les femmes et les enfants d’abord, et j’y reviendrai, c’est sûr. Mais je n'oublierai certainement pas Héraklite.

Mais je ne peux enfermer mon projet dans un cadre. De multiples chemins se présentent sur la carte que je viens de déployer, je ne m’en refuse aucun, des plus confortables aux plus escarpés. Il faudra bien, à chaque carrefour, décider de prendre par ici ou par là ; mais je suis sur une île et l’itinéraire est indifférent qui, quoi qu’il arrive et pourvu qu’on m’en donne le temps, me fera passer par toutes les nuances du territoire. De temps à autre, je gravirai une montagne, un petit sommet, mon île n’a rien d’himalayen, et j’écrirai le panorama qui s’étendra. Il faudra m’avoir accompagné jusque-là.

Ce soir, regardant vers le nord à moitié dévoré par l’ombre de la montagne, entre les premières lumières de la ville au loin et la côte abandonnée au vent, je dispose d’une vue partielle assez étendue pour pérorer. Mais pour tortueux que soit le trajet, tôt ou tard, je reviens toujours à ma chapelle, au centre de l’île.

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Cachet de la poste : 11 septembre 2001

Posté par andremriviere à 23:16 - 135 - CH.05 . Laissons-nous aller - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur 135 - CHAPITRE CINQUIEME . LAISSONS-NOUS ALLER (Dix-huitième jour)

    "Allons, allons"..., ça se discute?

    Posté par Géraldine, mardi 27 février 2018 à 11:00 | | Répondre
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