LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

vendredi 20 mars 2020

321 - Cinquante-deuxième jour . La vierge à l'enfant

Cinquante-deuxième jour . La vierge à l’enfant.

Je me suis coupé dans mon élan avec ma chaise. Me voilà obligé de recommencer pour retrouver mon fil. Mais n’est-ce pas ainsi qu’on peut prétendre aussi à la philosophie : examiner la trivialité de la chaise de paille et de la posture assise.

Je le sais : vous voudriez que je reste assis sur ma chaise en paille devant la chapelle à contempler l’horizon poussiéreux, les cerises et les hirondelles, les vignes du seigneur. On ne peut jamais tout contempler : les vignes sont de l’autre côté du col et je ne les vois pas d’ici. Je ne vois que la blessure inguérissable, la ligne de séparation.

Alors pourquoi philosopher ? Immobile, je hoche la tête quand passent les gens qui me saluent ; parfois un touriste curieux vient me demander de voir l’intérieur de la bâtisse. Je sors la grosse clé et je farfouille la serrure qui s’ouvre en protestant, un comble pour cette chapelle nettement moins hérétique, et je laisse le touriste admirer les fresques noircies par les bougies et l’icône du 16ème siècle. Il y avait tant d’étoiles sur le guide qu’il ne pouvait pas ne pas venir.

Le touriste en partant me donne une pièce et je hoche encore la tête en rangeant la grosse clé. Je suis un grand hocheur de tête. Plutôt un billet qu’une pièce, d’ailleurs, tout augmente. Elle me fait vivre, cette icône. Depuis le temps que je la regarde, je ne réussis pas à la trouver belle. Elle est pourtant célèbre. La femme a l’air las, le regard vide, presque révulsé. Elle ne me voit pas, elle ne voit pas, elle ne voit pas davantage à côté. On dit que c’est un regard intérieur. Je la trouve un peu vexante depuis le temps qu’on est ensemble, avec son regard intérieur.

Elle tient dans ses bras une sorte de gnome. On dit que c’est un enfant. Il faut avoir la foi pour le croire, on est ici dans l’antre de la foi. Alors d’accord, c’est un enfant, mais rien ne m’empêchera de penser que l’artiste n’en avait jamais vu des enfants quand il a peint l’icône, ou alors qu’il les haïssait vraiment. Le corps est petit et la dame ne semble pas le trouver lourd, c’est à peine si elle le tient et pourtant il ne tombe pas. Sa tête est énorme, une tête vieille. Non, ce n’est pas une tête de vieux, ni vieil homme ni vieille femme, c’est une tête vieille. Cette tête de gamin me regarde sans frémir et sans bonté, alors j’évite de le regarder.

Tout autour, savamment agencées, on voit trois mains.

Posté par andremriviere à 23:09 - 320 - CH.12 . Sage comme une image - Commentaires [0] - Permalien [#]

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