LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

dimanche 2 avril 2017

120 - Intermezzo : La folle ambition

LA FOLLE AMBITION



Je vais devoir m’y faire, après une bonne part de ma vie à courir après la vérité vraie. Trois mille ans de réflexion pour finalement tout reprendre à zéro. Ne vaut que la construction de l’esprit après qu’il a recuit en lui-même les tourments de la nécessité vitale, du sensible, les picotements de la peau, du nez, de la langue, des yeux, des oreilles. Vaut pour moi mais seulement pour moi, ce que seul mon corps a pu emmagasiner des signaux que le monde m’a envoyés à travers mes cinq sens depuis ma naissance. Aujourd’hui j’en fais une sauce pour te mettre en appétit. Il n’y a pas d’autre vérité en moi que cette vérité fabriquée. Elle est indicible, intransmissible, insécable, et sans cesse ondoyante, et pourtant je dois te la dire, te la transmettre, te la découper, te la fixer. J’en prends mon parti, j’en prends le pari.


Ne t’y trompe pas : ce n’est pas une conclusion, c’est un tremplin. Te voici lancée dans les étoiles. Depuis toutes ces années que je le lis bouteille après bouteille, je vois bien que le moine a l’ambition de se construire sa philosophie, une philosophie de l’incertitude, de l’aléatoire, du discontinu et du mobile. Une philosophie quantique, en quelque sorte. Ce moine est fou furieux. Il faut se donner les moyens d’une telle ambition, il n’arrivera jamais en haut de ce chemin escarpé. D’autres s’y sont déjà cassé le nez : il a devant lui un tas de pierres vestige d’une construction ruinée par les contresens et les utilisations partisanes davantage que par de véritables adversaires. Mais un petit début sera déjà beaucoup et je lui accorde le bénéfice de la sympathie préalable.


Depuis quelque temps, les flacons se font plus rares sur ma plage, et plus difficiles à lire les pattes de mouche sur papier délabré. Mais j’ai une bonne pile sous le coude, de quoi attendre que tu vieillisses un peu, et que tu saches devenir cruelle. Continue ta lecture. Ecoute ce qu’il écrit. Tu comprendras ce qui arrive. Il te faudra bien toute cette lecture pour que le moine en vienne au fait. Ne crois pas que ce sera inutile. Il y a quelque chose du discours de la méthode, de sa méthode, dans cette longue introduction. Comme un mode d’emploi.


Au début, le moine règle ses comptes. Il ignore Platon et bastonne Diogène, il te torche une petite philosophie de comptoir, de trottoir, de chambre d’hôtel, et je te la ressors toute chaude si j’ose dire après un si long voyage en mer, histoire de me donner l’importance que je n’ai pas. Pas question de rejoindre le monde supra-lunaire des idées supérieures, comme lui je n’aime pas voler haut rapport au vertige. Mais je te donne de la matière à réfléchir et s’il ne te reste que cela de moi, le moine m’aura été précieux.


Nous nous contenterons des ombres que je vois sur le mur, prisonnier comme tout le monde de la caverne originelle, sans prétendre inventer ce qui les produit, puisque déjà nous savons que nous ne le saurons jamais.

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Posté par andremriviere à 13:26 - 114 - CH.02 . A quoi rêvent les moines - Commentaires [0] - Permalien [#]

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