LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

mercredi 4 avril 2018

203 - Vingt-deuxième jour . Ordre et désordre


3/18. Madame Bonemine Dumou et Monsieur Augustin Trucmuche ont la joie de vous faire part de la naissance de leur fille Séraphine. Séraphine comment ?


Séraphine Trucmuche, Séraphine Dumou, Séraphine Trucmuche-Dumou, Séraphine Dumou-Trucmuche ? Nous sommes à la première génération, je peux encore aligner tous les cas possibles. Au nom sacré de la Liberté, on va m’expliquer que Madame et Monsieur ont tous les choix à leur disposition ; au nom sacré de l’Egalité, on va m’expliquer que le choix du nom double est le seul qui vaille. Liberté et Egalité enfantent ainsi Absurdité. Il s’agit bien de cette fantaisie qui a saisi nos députés de voter une loi donnant le choix du nom de leurs enfants aux parents, le nom du père, le nom de la mère, les deux noms accolés, comme tiveutichoise.

Pour commencer, je vais formuler deux petites objections matérielles au nez de ces dignes défenseurs de Liberté et d’Egalité. Petits détails sans importance, de ceux-là même où se cache le diablotin de la bêtise, qui n’effleurent même pas la discussion du fond à venir.

Si je relie le double nom par un tiret, ou pire un double tiret idée vite abandonnée mais on y voit bien le degré d’improvisation de nos bonnes consciences en marche, il va me falloir choisir dans quel ordre je vais les écrire et les prononcer, ces deux noms. Comme l’usage avec l’usure oublie souvent le second nom, surtout pour un nom long et ils vont devenir longs les noms, je le condamne à une mort annoncée. L’égalité revendiquée est un leurre, il y aura toujours un premier et un second.

Mais il se peut, ô divine surprise, que le second nom ne disparaisse pas. Séraphine devenue grande aura un enfant de Gaétan Lebouton-Dutiroir. Restant logique, cohérent et égalitaire en diable, j’accole les deux fois doubles-noms pour former le nom de l’enfant, et me voici embarqué dans un quatre-à-la-suite endiablé. Mais lesquels éliminer sur les quatre ? Les défenseurs de l’égalité vont de nouveau se mobiliser et les défenseurs de la liberté vont réclamer le libre choix des seize possibilités. Or éliminer la génération d’hier serait renier les bonnes raisons de n’avoir pas voulu oublier celle d’aujourd’hui. Et d’abord y-a-t’il bien seize possibilités ?

Pourquoi les bonnes raisons seraient-elles bonnes pour les uns et cesseraient-elles de l’être pour les vieux ? Si le principe d’égalité veut qu’on n’élimine personne, alors il ne faut jamais éliminer si l’on veut rester cohérent. Je m’en tiens là aux déclarations fracassantes de ceux qui vous assènent cette forme d’égalité comme un principe, je les prends au mot et je tente de rester dans leur logique. Voyez alors la longueur des noms, dans deux générations et suivantes. Je n’ai pas besoin de dessin, cette logique égalitaire est une impasse, autant décider dès maintenant qui reste et qui s’en va. Et s’il faut décider, autant épargner la cruauté du choix aux parents, et laisser la société trancher, usage, loi, règle, enfin, quelque chose à quoi s’accrocher avec quelques ouvertures d’exceptions car il faut toujours des exceptions. On y revient, au vieux système ?

Voyons enfin ce que veut Liberté : il faut, dit-on, laisser à chacun le choix. C’est la loi du plus fort qui va régner dans le couple, le plus persuasif, le plus obstiné, et probablement le moins aimant, car qui aime cède à la fin. Si fort que soit aujourd’hui l’amour d’un couple, le lancinant souvenir d’un nom perdu finira par troubler l’âme, tôt ou tard une rancune sortira qu’on n’imaginait pas à l’heure du miel. Ils ont inventé la discorde, nos consensuels députés.
Voilà pour l’ordre des noms. Ce n’était qu’une question subsidiaire mais on devine déjà l’ampleur du paysage. J’ai déjà beaucoup dit de ce qui suit.

4/18 . à suivre

Posté par andremriviere à 17:35 - 201 - CH.06 . Au nom du père .I. - Commentaires [0] - Permalien [#]

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