LES ANACHRONIQUES

Mon nom est THEOLONE - Philosophie et bavardage

mercredi 23 octobre 2019

316 - Intermezzo : Les ressemblances

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Il est habituel de se pencher sur ses conditions initiales pour comprendre l’évolution d’un système. Te voici transformée en système, ma chère enfant. Ne sommes-nous pas, nous tous, des systèmes, des lieux de milliards de phénomènes physiques et chimiques, indiscernables pour la plupart mais tous indispensables, et dont seule l’illisibilité nous donne l’illusoire liberté d’être.

Ce n’est pas te dévaluer de te considérer ainsi et cela ne diminue en rien le respect que j’ai pour toi. J’entends déjà les mots de libre-arbitre, de libre choix, de volonté, de pensée autonome, multiplions les mots qu’un humanisme machinal répand dans nos réflexes. En quoi viennent-ils me contester, en quoi puis-je moi-même les contester ? Nous ne jouons pas dans la même cour de récréation et nous ne pensons pas aux mêmes choses. Tôt ou tard, il faudra écrire que l’humanisme est un piège comme le fut en son temps le monde des idées selon Platon et Aristote, mais il est trop tôt pour toi aujourd’hui et il sera trop tard quand tu me liras. Apprenons ensemble à nous en méfier chaque fois qu’on nous en déploie les grandes orgues.

Te voici petite fille née comme chacun d’un père et d’une mère. On sait tous que la filiation de mère est indiscutable et que la filiation de père est un peu plus sujette à caution si l’on donne tout pouvoir au seul lien génétique. Tu sais bien que je refuse le lien génétique, ou plutôt que j’en refuse la prééminence préalable, tu en sais les raisons. Ton père est ton père, comme le mien était le mien, aucun doute ne peut exister là-dessus, et que ce soit aussi vrai génétiquement n’est qu’une cerise sur le gâteau et non le point de départ, la raison suffisante.

Il m’a fallu longtemps pour en arriver à ce refus. Déplorable et longue hésitation, comme si refuser le lien génétique signifiait rejeter ses propres parents. Fausse idée, et si le lien aux parents est un lien fondateur pour beaucoup, pour moi le premier, mais pour toi aussi et pour bien d’autres, c’est sans rapport avec les gènes mais avec cette présence attentive et constante, ce regard enveloppant, tout ce cocon parfois trop lourd parfois trop serré, mais d’où nous sommes partis après les premières constructions et que je nomme la parentalité faute de mieux. Oublions les gènes et parlons de la présence, c’est tout ce que je demande.

Mais ce n’est pas ici le sujet. Il ne s’agit pas ici de ton père mais de ta mère : c’est elle qui importe pour ce qui nous relie. Je n’interviens pas dans ton lien paternel et ceux qui croient le contraire me font un mauvais procès qui les arrange.

 

 


Posté par andremriviere à 23:46 - 310 - CH.10 . Besoin de rien - Commentaires [0] - Permalien [#]

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